JDR 2.0 : Echec Critique

Comptes sur les réseaux vides, absence de publicité, sites hors d’âge et j’en passe ! Il est temps que l’univers du Jeu de rôle se mette enfin à communiquer réellement. Petit état des lieux et avis personnel =) Bonne lecture ! 

2014-05-06-socialmedia

des_jdrRéseaux sociaux, une terre de mission :

Au vu de la spécificité du public rôliste, éclaté, (relativement) peu nombreux mais très très motivé pour participer à la vie rôliste, les réseaux sociaux et la présence en ligne sont vitaux à l’heure du web 2.0. Que ça soit pour les boutiques, magazines ou éditeurs, le boulot à faire est encore très important, mais cela peut tout à fait porter ses fruits et faire entrer le JDR dans le 21° siècle. Faisons un petit tour de ce qu’il se fait :

Des blogueurs au point

On va commencer par ce qui marche bien, c’est à dire les blogueurs. Je citerai simplement pour l’exemple Saint Epondyle, Gus&Co ou Kerlaft. Ces blogs sont complets, bien alimentés et ont une réelle ligne éditoriale. De plus, consciemment ou non, ils mettent en place une vraie stratégie de contenu avec diffusion de leurs articles, suivi et animation de leurs pages/comptes/blogs. En termes purement techniques, leurs blogs sont généralement agréables, bien fichus et au point.

Des boutiques qui font le boulot

Les boutiques spécialisées dans la vente de JDR sont étonnamment présentes sur les réseaux et plutôt efficaces. Le meilleur exemple à ma connaissance, c’est la jeune boutique Game Fu Saint Médard ( Ici, là et ). Pas grand chose à redire: comptes animés, avec chacun leur contenu, site ergonomique et agréable, personnel accessible. Vraiment, pas grand chose à redire. Sinon, en cherchant un peu sur Twitter on trouve nombre de boutiques qui alimentent un contenu avec leur public (généralement local) et créent un vrai lien de proximité.

Des éditeurs à la traîne …

Nous l’avons vu, les blogs et les boutiques sont dans le coup, dans le mouvement. Mais les éditeurs, les poumons du monde rôliste, eux, ont un vrai retard à combler dans ce domaine. Je suis pas mal d’éditeurs sur les réseaux (notamment : Black Book, John Doe ou Edge) et à part certains … Et bien c’est le désert: une news tous les 2 mois, mal formulée et sans interaction. Voire carrément une info hors sujet ou n’intéressant que très très peu de gens. Leurs twitters (quand ils existent) sont soit morts, soient vivotent automatiquement sans aucune interactivité. Les sites sont (désolé si vous êtes éditeur et que vous me lisez) généralement navrants, issus directement de la fin des années 90 et n’ont pas réellement évolué depuis.

Ce qui me fait particulièrement mal, c’est l’absence de community management. Vous l’avez peut-être senti en lisant le paragraphe précédent, l’interactivité est quasi-nulle avec la communauté. Or, la communauté rôliste est justement la force de ce milieu et les éditeurs passent, je pense, clairement à coté d’une occasion de se donner une visibilité et une image bien meilleure que celle communément admise dans l’imaginaire populaire.

Une communication traditionnelle particulière :

 Il faut rendre à César ce qui est à César

En effet, la communication dans l’univers du JDR a ça de particulier que c’est un secteur de niche. La communauté est restreinte et peu médiatisée, le grand public n’y est quasiment pas sensible. Cela réduit donc les possibilités de destinataires de dossier de presse, communiqué de presse, etc… Une autre particularité est que les principaux magazines papier (notamment Casus Belli) sont tenus par des éditeurs, ce qui fait qu’il est un peu compliqué de communiquer pour la concurrence. Bon, dans les faits, la concurrence dans le milieu est loin d’être un nid de frelons ; il y a une certaine porosité.

Il en va de même pour tout ce qui va être de la Publicité sur Lieu de Vente (PLV). On en trouve en général un peu dans les boutiques spécialisées, pour les sorties des “gros” JDR par exemple (Appel de Cthullhu, Donjons et Dragons, Pathfinder, …). Mais ça reste toujours très modeste. De façon générale, tout ce qui est print est assez limité sauf lors de manifestations particulières. C’est donc une transition toute trouvée pour

L’événementiel, charnière de la communication rôliste

Comme dans beaucoup de secteurs de niche, la communauté rôliste et les acteurs du milieu se retrouvent lors d’événements dédiés ponctuels. Au delà de la communication externe quasi inexistante pour ces événements, c’est la présence toujours forte des professionnels sur place. Les éditeurs sont prêts à faire de la route (parfois même à traverser toute la France) pour être sur une journée ludique et y tenir un stand. C’est généralement pour le public de rencontrer les gens qui éditent les livres qu’ils aiment et de faire des bonnes affaires. C’est là qu’on va trouver de la bonne PLV (Kakemono, stands bien achalandés, posters, etc. …). Le nombre de ces événements étant assez élevé (parfois appelés rencontres, conventions, etc. … ) les éditeurs sont relativement accessibles et font une part de leur promotion de cette manière. Cependant, cela ne touche qu’une part seulement des rôlistes: ceux qui se déplacent en convention. Les autres, eux, n’ont pas accès à ce type de communication.

 

Qu’en conclure ?

Un public spécifique

Ce qui me paraît essentiel c’est de tenir compte de la spécificité de la communauté et du public rôliste. On doit connaître son public pour communiquer correctement avec lui. C’est une base absolue autour de laquelle on doit structurer la communication. C’est un public relativement restreint et éparpillé, qui a une certaine prédisposition à la discrétion. Le rôliste n’est pas présent dans l’espace grand public (sauf exceptions), mais en tant que communauté, il se retrouve souvent dans des espaces spécifiques. C’est notamment le cas des boutiques spécialisées et d’événements dédiés.

Mais, la plupart des rôlistes étant bien connectés, ils se retrouvent beaucoup sur les internets pour échanger, s’organiser (des parties ou des événements) et se retrouver. C’est en général sur des forums mais aussi sur les réseaux sociaux, terrain peu investi par les professionnels.

Une opportunité à saisir !

Clairement, la présence sur les réseaux sociaux et sur internet de façon générale est un point faible des professionnels du jeu de rôle (alors qu’étonnamment, les entreprises de jeu de société sont très performantes dans le domaine). Le community management presque inexistant est un talon d’Achille pouvant réellement nuire aux entreprises.

Mais je suis plus qu’optimiste ! Je pense que la première entreprise, le premier éditeur qui saisira le problème à bras le corps aura clairement un avantage sur les autres ! N’ayez pas peur de la com’ ! N’ayez pas peur du numérique ! N’ayez pas peur du marketing ! Ne pensez pas que parce que vous êtes une petite structure vous n’avez pas les moyens de vous y mettre. Sinon c’est un cercle vicieux “je n’ai pas d’argent pour communiquer, du coup ma boite ne grandit pas, du coup je n’ai pas d’argent pour communiquer, etc…” Il y a du travail, mais cela en vaut la peine !

Et rassurez vous, vous ne vous vendez pas parce que vous faites de la communication, vous ne trahissez pas le JDR parce que vous êtes visibles, vous n’êtes pas un mauvais rôliste parce que vous vous intéressez au grand public et à votre expansion =)

Merci de m’avoir lu !

Guillaume Coeymans

 

Sources : 

Crédits image : https://juliepoupat.files.wordpress.com/

14 pensées sur “JDR 2.0 : Echec Critique”

  1. “Une autre particularité est que les principaux magazines papier (notamment Casus Belli) sont tenus par des éditeurs, ce qui fait qu’il est un peu compliqué de communiquer pour la concurrence.”

    Faux, simplement. Je te conseille de parler aux contributeurs du mag et de leur demander à quel point BBE pèse, et sur leurs avis, et sur leurs textes. Ils te répondront qu’ils sont indépendant et qu’ils disent bien ce qu’ils veulent.

    Les pages de pub sont ouvertes aux autres éditeurs qui en achètent, les news sont pour tous les éditeurs qui acceptent de communiquer sur leurs sorties, etc… En définitive, même si le magazine laisse une place aux produits BBE, il est indépendant.

    Pour le reste, je vois un truc : tu n’as pas conscience des contingence d’argent. Tu compares des blogs tenus par des passionnés qui font ça hors de leur travail parce que c’est leur trip le plus total, et qui y mettent une énergie folle. Et qui le font GRATUITEMENT.

    Un éditeur, c’est en général une ou deux personnes payées et des pigistes/vacataires. Ce sont des structures très réduites où peu de gens doivent tout gérer. Un community manager ça se paie, simplement. Et dans un marché de niche les moyens sont rarement là. Le problème n’est pas d’avoir peur, mais d’avoir les moyens de cette communication (et l’envie, après avoir passé des années, pour certains, à communiquer avec des rôlistes souvent plus enclins à taper et insulter qu’à soutenir. Je ne répéterai pas l’anecdote d’une éditrice s’étant vue menacer de représailles physiques pour la sortie d’un jeu). Honnêtement, je pense que cet article est excellemment… déconnecté de la réalité. A moins que tu sois prêt à devenir community manager à plein temps et gratuitement pour un éditeur ? 😉

    1. Hello ! D’abord, merci de ton commentaire vraiment intéressant !
      Je te répondrai ce que j’ai déjà répondu par ailleurs, je ne demande pas que les petits éditeurs fassent une com digne de TBWA ni d’avoir un CM à temps plein. Les blogueurs sont capables de le faire sans être CM (et à mon avis sans y mettre une “énergie folle”, juste en domptant un peu les outils), il y a tout à fait moyen de se former correctement en ligne et gratuitement.Il suffit je pense d’assurer le minimum pour avoir un effet intéressant.
      Créer une page FB ou un un Twitter juste comme ça, sans politique éditoriale n’a pas de sens, autant ne pas le faire ça évitera l”impression de “compte vide et abandonné”. C’est malheureusement quelque chose qu’on voit trop.
      La cible rôliste, et les éditeurs, comme tu le dis bien, sont peu nombreux et les structures de taille réduite. C’est donc justement là qu’il faut atteindre sa cible par les réseaux, quand on a 18 ans, loin de tout, peu de moyens mais beaucoup de motivation, connaître les jeux de petits éditeurs est quasi mission impossible. Alors que si ils étaient un peu plus visibles, ils y gagneraient tant, et sortirai de la précarité dans laquelle ils sont. Sortez du “je suis petit donc je ne peux rien” c’est faux ^^ (vois la page de Game Fu, c’est pas la meilleure com du monde mais ça suffit amplement =) )
      Concernant les périodiques, effectivement je n’avais pas forcément vu les choses sous cet angle, mais ça continue à me gêner, imagine qu’un éditeur de Jeux Vidéos fasse un mag, même en laissant toute indépendance au staff, on serai un peu méfiants =)

      1. Le problème c’est qu’encore une fois tu compares deux choses opposées.

        – d’un côté les passionnés. Tu cites Kerlaft… Si tu suis un peu le monsieur, tu devrais savoir que si si, il met une énergie de fou dans sa communication et ses actions : c’est sa passion et il y passe un temps de malade. Il y passe aussi un argent de malade et a fait appel, il y a quelques temps, à la générosité des rôlistes afin de financer son activisme dans ce milieu, parce que sinon il devrait arrêter.
        – de l’autre les éditeurs. Ils bossent déjà toute la journée sur de l’édition de JDR. Parfois, on n’a pas l’énergie de faire son boulot et, en plus, d’aller faire du boulot supplémentaire en dehors (d’autant que je ne pense pas que leur boulot d’éditeur leur prenne 35h par semaine). Après, il existe effectivement des éditeurs à la comm inexistante et désastreuse. Mais pas tant que ça.

        Le problème sont aussi les compétences. Tous les éditeurs que je connais seraient ravis d’avoir un community manager digne de ce nom. Mais ça se paie et ils se feraient un devoir de le payer. L’argent est un facteur important pour des entreprise où un mauvais résultat sur un livre peut mettre en danger la santé de l’entreprise. Effectivement certains éditeurs ont des sites bien foutus ou des facebooks bien entretenus. Maintenant c’est avant tout soit une question de moyens pécuniaires, soit… de moyens humains. Quand on a des gens qui savent y faire dans le projet, ça aide.

        Concernant les périodiques : le problème est qu’il est impossible de maintenir un journal professionnel et totalement indépendant (financièrement) en kiosque. C’est un fait. JDR mag s’y est risqué et a fini par être repris par le département des sombres porjets, donc un studio de création JDR qui crée ses jeux et les édite. Financièrement, un magazine ne peut vivre seul.

        Pour Casus, je te conseille de regarder un peu les noms des contributeurs du 12 (dont un paquet son réguliers) :
        – Phillipe Rat – ancien contributeur historique Casus V1… non inféodé à un éditeur
        – Raph Bombayl – a majoritairement créé pour BBE en effet
        – Géraud G – auteur indépendant, a publié Grimtooth avec Narrativiste/Céphalopomme/50 nuances de Geek
        – Marc Sautriot – A énormément bossé sur la gamme COPS
        – Romain d’Huissier – auteur qui n’a jamais écrit sous la houlette de BBE, mais créé tout un tas de JDR
        – Jérôme Larré – auteur et éditeur qui a bossé avec les écuries d’Augias et qui a sa propre maison d’édition
        – Laurent Devernay – qui a bossé sur pas mal de jeux, dont aucun BBE
        – Cédric ferrand – qui n’a jamais écrit sur un seul jeu BBE, mais qui a édite Wastburg chez les XII singes
        – Tristan Lhomme – qui publie majoritairement chez Sans Détour en JDR
        – Kristoff Vala – qui n’a jamais bossé sur un jeu BBE et qui publie hors BBE
        – etc… la liste est longue.

        Les contributeurs sont assez variés et pubilés chez assez d’éditeurs pour qu’on n’y voit pas de magazine “propriétaire”. Par contre, le soutien financier d’un éditeur permet au mag d’exister là où la V3, en kiosque, est morte faute d’argent alors qu’elle était totalement indépendante.

    2. Je pense qu’un minimum de compétences peuvent s’acquérir sans trop de souci et y investir un peu (oui il est bien question d’investir du temps voire un peu d’argent) vaut le coup et c’est presque se tirer une balle dans le pied que de ne pas au moins essayer. Le retour sur investissement peut tout à fait intéressant=)

      1. C’est toujours simple quand on est en dehors du truc, je trouve, en fait.

        Pour une véritable analyse de la situation, et une vraie pertinence, il faudrait aussi en parler avec les éditeurs et voir pourquoi ils sous-utilisent le net. Tu pourrais être surpris des réponses.

        On notera que plusieurs éditeurs étaient très actifs sur les forums rôlistes à leur début… un grand nombre. Et que beaucoup on quitté ces forums pour le bien de leur santé mentale.

  2. Article intéressant, et ma foi documenté sur le volet communication pro. C’est vrai, le monde du JdR est indigent en termes de web, mais en même temps c’est aussi le cas de la plupart des domaines culturels (les éditeurs de BD, voire de littérature grand public sont tout aussi pitoyables) !

    Il y a beaucoup à faire. Mais le milieu manque d’argent et n’a pas le goût du risque, alors on recycle les recettes d’antan… inlassablement. Pourtant, le web peut tout apporter à ce petit monde.

    Merci pour la citation en tous cas. Ton article m’a rappelé cet ancien, que j’ai écrit il y a quelques temps, sur le volet économique de cette petite niche : http://saint-epondyle.net/blog/2013/09/05/le-jeu-de-roles-est-mort/

  3. Je reconnais bien là le milieu rôliste que je connais, axé conventions plutôt que web 2.0. Je me bats au quotidien pour faire exister la revue Chroniques d’Altaride sur le web (l’essentiel de nos lecteurs utilisent la version en ligne du mensuel, qui est gratuite). C’est beaucoup d’énergie à ajouter en plus de la production en elle-même. Pour un résultat pas forcément optimum, même si on fait du mieux qu’on peut.
    Merci pour ton point de vue argumenté en tout cas !
    Et sache que si tu veux contribuer à la revue, tu y seras le bienvenu !
    http://www.altaride.com

  4. Bonjour les amis, je ne pensais pas me retrouver ainsi dans tant de discussions
    Rassurez vous, ma famille et mon taff passent avant ma passion du jdr.
    Le monde du jeu de rôle est un milieu ingrat pour ce qui concerne l’argent, très peu survivent de ce métier. C’est un milieu des passionnés et la plupart de l’argent échangé ne fait pas vivre grand monde. Depuis que je me renseigne sur les gens qui y travaillent, j’ai constaté que la plupart des auteurs et autres intervenants si talentueux soient ils en sont souvent de leur poche pour mettre au monde telle ou telle des leur création.
    A la base, un jdr, c’est un set de dés, un crayon à papier, quelques brouillon, un bouquin, et des fiches de personnages photocopiés. Le bouquin en question, c’est souvent des tripes qui viennent du fond du coeur, des années de travail, de bêta test, de démonstration le tout réalisé pendant son temps libre en plus de son boulot. .. Le marché français est un marché de niche, rarement plus de 1000 clients potentiels pour les meilleurs des cas…
    rien à voir avec un produit de consommation qui rendrait possible des revenus suffisant pour payer des salaires, et les frais inhérents aux entreprises classiques et les personnes des rares maisons d’édition et entrepris de ce milieu qui y arrivent jonglent souvent entre un travail à plein temps et un deuxième travail à plein temps que réclame les tâches liées à la survie de leur maison d’édition. .. ils cumulent souvent plusieurs casque dans leur “entreprise” et font au mieux pour survivre. ..

    Les joueurs qui casquent pour avoir leur ouvrages sont rarement au fait de ces situations et comprennent rarement les erreurs et imperfections qui découlent de ces situations. Ils considèrent les acteurs du monde des jdr avec la même exigeance que l’on a vis à vis de multinationales .

    Pour ma part, j’ai cette activité pour rencontrer et apprendre à connaître notre merveilleuse communauté et surtout tenter de la réunir et de la fédérer

    les jdr continuent d’exister grâce à la passion et au dévouement de chacun. Ne soyons pas trop exigeants et éclatons nous simplement!

    Jeux de Rôles et Roleplay pour tous!

    C’était quoi la question déjà?

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