Jeu de Rôle : une tentative de définition

Si vous lisez mon blog depuis longtemps, vous savez que j’avais déjà tenté une définition du JDR  il y a bien longtemps. Celle-ci ne me satisfait plus après des années d’affûtage de mon avis. Aussi je tente ici une nouvelle définition. Celle-ci est bien entendu subjective, incomplète et ne satisfera pas tout le monde. Mais bon, vivons dangereusement ! 

Une pratique, trois définitions :

En introduction, je vais vous expliquer comment je vais fonctionner pour la suite de l’article.

Dans un premier temps je vais présenter une définition pour les néophytes totaux. Ceux pour qui le JDR n’a pas de signification particulière. Ceux pour qui D&D n’est qu’un vague concept de trolls et gobelins, ou un truc en fond de Stranger Things.  Pour eux, ma définition sera assez simple et conviendra à la grande majorité des pratiques de JDR les plus courantes. Cette définition hérissera les puristes, qui au choix la trouveront incomplète ou alors trop restrictive. Mais gardez à l’esprit que c’est une définition faite pour être présentée en quelques minutes, en cours de soirée à quelqu’un qui n’y connait rien sans l’ennuyer ou partir dans des débats sans fin.

Une seconde définition viendra ensuite, celle qui ratisse le plus large, celle qui inclue le plus de pratiques. Elle est aussi faite pour des néophytes, elle est simplement moins représentative des pratiques de JDR les plus courantes mais reflète plus la réalité… disons ontologique du Jeu de Rôles.

Enfin la dernière définition est plus personnelle, c’est celle que je reconnais à travers mon expérience et ma pratique. Elle est donc forcément plus subjective et représente une sorte de synthèse de plusieurs points de vue.

Mais n’oubliez pas qu’il y a bien d’autres définitions et nuances possibles et que je ne donne là qu’un aperçu de la question pour peut-être vous permettre d’y voir plus clair !

Ah tu fais du JDR ? C’est quoi en fait ?

Situation : vous êtes en soirée (oui oui ça arrive, même pour des rôlistes ! Même que des fois y’a des gens qu’on connait pas !). Vous faites copain des bois avec tout le monde et quand vient la question de vos hobbies vous dites “Je fais pas mal de JDR ! ” et là… C’est le drame. A peine vous avez dit ça, vous vous demandez déjà comment vous allez expliquer votre loisir préféré.

Heureusement vous lisez plein de blogs, de livres, vous avez discuté avec plein de gens super intéressants. Blogueurs, éditeurs, auteurs, etc. Vous avez donc votre vision précise, détaillée argumentée et claire. Mais pas d’bol ! Vous êtes en soirée, votre vis-a-vis est peut être légèrement alcoolisé (voire vous même si vous êtes un fifou) et du coup vous n’avez pas la capacité d’expliquer tout ça. Surtout que, comme vous avez un magnétisme puissant, toute l’assemblée est pendue à vos lèvres, attendant que vous donniez une définition de ce terme étrange de “gidéaire” que vous pratiquez !

RPG party
Une soirée JDR classique

Pas de panique ! Parmi tous les blogs que vous lisez, il y a le génial, l’incroyable, l’incommensurable, validé par Gygax et Sandy Petersen eux-mêmes : Homo Ludis, qui vous a préparé une définition aux p’tits oignons pour ce genre de situation ! 

Alors voila c’que ça donne :

Un JDR, c’est un jeu où on se retrouve ensemble pour vivre des aventures. En général un des joueurs ou joueuses anime la partie et les autres incarnent les héros et héroïnes de l’aventure ! Le plus souvent il y a un système de règles pour apporter un peu de piment.

En général vous pouvez compléter avec quelques exemples bien choisis à base de “un peu comme un cluedo” ou “un peu comme Donjons et Dragons si tu connais”, “on utilise des dés pour régler les situations” etc etc.

Voilà, c’est le plus simple et le plus représentatif des pratiques les plus courantes. C’est ce que vous verrez dans une grande majorité des tables de JDR.

Cette définition N’EST PAS SATISFAISANTE si vous êtes rôliste confirmé ou si vous avez déjà réfléchi à la question. Cette définition n’est là que pour expliquer le plus vite et le plus simplement possible ce loisir dans des situations décrites plus haut. 

Pour vraiment dégager une définition plus exhaustive du JDR il nous faut aller plus loin et abstraire un peu la réflexion, exit donc la discussion rapide en soirée, là on est dans la réflexion plus avancée.

L’approche interprétive : Le rôle essentiel :

On touche ici à une approche très globalisante avec laquelle je ne suis pas extrêmement à l’aise ni totalement en accord, aussi je vous propose, si je ne suis pas assez précis ou à coté de la plaque, de me le dire en commentaire avec bienveillance et bonne humeur 🙂

Ici la définition est encore plus simple, mais beaucoup plus vaste :

Un JDR c’est un jeu où l’on joue un rôle.

Boum … Point final, drop the mic, tout est dit.

Cette définition est très puissante je trouve, par sa simplicité elle dégage quelque chose d’universel qui est vraiment plaisant. Elle est aussi un peut tautologique, définissant le Jeu de Rôles par le fait de jouer un rôle.

Mais voyons ça de plus près. Cette définition met en avant l’aspect “interprétation” du rôle attribué à un joueur. Ainsi, dans cette définition, le simple fait de joueur à l’épervier – pour rappel, c’est un jeu de cour de récréation où un joueur est “l’épervier” qui doit attraper les autres, chaque joueur attrapé devient épervier en plus de l’original, le jeu s’arrête quand tout le monde est épervier – est déjà un JDR dans le sens où l’équipe est divisée selon le rôle de chacun.

Ici, on sort du cadre de la pratique rôliste, ou plutôt on l’englobe, le JDR “traditionnel” n’étant qu’une part de ce que cette définition … définit. Le débat est vraiment intéressant car il vient ébranler le statut du JDR comme une création quasiment individuelle de Gygax et Arneson. On vient au contraire rappeler que le JDR vient d’une pratique ancestrale, qui est celle de jouer à être quelqu’un d’autre.

Cela remet aussi en question le principe du théâtre, ou de la comédie. Ainsi, regarder le dernier Mission : Impossible est-ce assister à une partie de JDR ?

Dans ce cas, je ne pense pas ça pertinent pour la simple et bonne raison qu’on est là dans le cas de quelque chose de figé, d’écrit et de scripté. Aussi la notion de “jeu” au sens ludique n’est pas forcément présente. La question peut par contre se poser de façon plus pertinente pour l’improvisation théâtrale notamment, ou le spectacle vivant de façon générale.

Dans  cette définition on englobe aussi la pratique du Jeu de Rôle thérapeutique qui, on est tous d’accord, n’a rien à voir avec une partie de D&D. Même si encore une fois, dans ce cas, la notion “ludique” peut être mise en retrait par rapport au rôle.

Il m’est compliqué d’aller beaucoup plus loin tant cette définition est puissante. Si dans votre activité vous jouez un rôle, alors vous faites du JDR.  Si X alors Y, implacable.

Cependant, pour moi, paradoxalement, il manque un (voire deux) élément pour cerner complètement MA définition du JDR : l’aléatoire et l’asymétrie :

Le JDR Homo-Ludis : Asymétrique et aléatoire

On arrive donc à la synthèse de ce qu’on a dit : mon avis à moi personnel. Pour les rares que ça intéresse, voici donc ce que je pense être un JDR.

Un JDR est un jeu asymétrique où une partie des protagonistes interprète des rôles dans une fiction participative régie par des règles incluant une part d’aléatoire tandis que l’autre agit comme l’interface entre l’univers et les protagonistes.

Bon… Alors on respire un coup, on reprend une gorgée de café et on y va. Cette définition n’est pas aussi simpliste que la première, ni n’a la force de puissance de la seconde. Pourtant à mon sens elle pose bien les éléments principaux du JDR, en étant suffisamment ouverte pour permettre à une grande variété de pratiques de s’inclure dans celle-ci tout en excluant d’autres de façon claire et précise. Reprenons point par point :

Le Jeu :

(vous avez perdu)

Pour moi c’est le premier élément fondamental, le JDR est un jeu. Une activité ludique dont le but est le divertissement. Point. Tout ce qui est thérapeutique, professionnel (comme la formation par exemple) ou autre en est exclu.

Asymétrique :

En effet, dans un JDR tel que je l’entend, il est important qu’un des protagoniste ait un rôle différent des autres, celui d’animateur de la partie. Cette différence peut être très légère ou beaucoup plus marquée, permanente ou temporaire (dans le cas des jeux à MJ tournants) etc etc. Mais cette asymétrie est essentielle.

Interprétation / Rôle / Fiction

Je pense que c’est assez clair, c’est comme dans la définition globalisante, un JDR est un endroit où l’on interprète un rôle, dans une fiction. Différent donc de la vie réelle.

Participative :

Bien entendu, un JDR doit être participatif, sinon c’est un conte, un discours ou que-sais-je encore. Le jeu est toujours une interaction, un ping pong permanent entre les deux cotés de l’asymétrie. Certaines disent que c’est ainsi un jeu “analogique” où les joueurs envoient des “inputs” au “MJ” qui répond avec une information. C’est un peu froid, mais c’est l’idée.

Règles aléatoires :

Rapidement, sur la notion de règle, tout jeu est régit par des règles, par définition. Par contre la notion d’aléatoire est primordiale pour moi. Pour plusieurs raisons : déjà, pour apporter du piment, des rebondissements, bref de l’inattendu au déroulement du jeu. Sans ça, on risque de tomber dans un jeu résolu.

Ensuite parce que l’aléatoire permet de réaliser de façon “crédible” des choses que vous ne pouvez pas réaliser en vrai. Si on vous demande de crocheter une porte, l’aléatoire à travers le système de règles vous permet d’être en capacité de représenter votre réussite ou échec sans aucune connaissance du principe même de crochetage !

Le MJ en tant qu’interface

Le rôle du MJ est donc de convertir les “inputs” des joueurs en informations, situations et narration à travers le filtre de l’univers. L’univers étant composé du “contrat” entre les joueurs, “à quoi on joue” et des règles qui régissent ce contrat “comment on joue”. Ainsi le joueur envoie l’input A au MJ qui traduit cet input en informations à redonner au PJ sous forme d’un résultat B.

Pour faire plus clair, 

  • PJ : “je veux explorer la salle”
  • le MJ consulte l’univers et les règles et retourne au PJ “pour faire cette action, effectue ce test et rend moi l’input correspondant”
  • PJ : J’ai réussi le test
  • MJ *consulte l’univers en fonction de la réussite au test* : Les informations sont patati patata

Voilà, je crois que j’ai fait le tour de ma définition et d’une certaine approche du JDR. Je vous avoue que c’était pas facile ! Mais le résultat me semble intéressant (un peu) quand même 🙂

J’espère que ça vous aura plu, et je vous encourage à partager, liker et commenter cet article ! C’est comme ça que vous pouvez m’aider à faire vivre le blog !


Guillaume COEYMANS

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