JDR et cinéma: les franchises et la puissance des joueurs

Pour cette deuxième et tardive chronique sur le jdr et le cinéma, je vais m’attarder sur ce que l’on peut apprendre des franchises de cinéma pour améliorer nos campagnes de jdr.

Les franchises posent un problème simple : comment continuer à faire la même chose tout en conservant l’excitation à chaque fois ?

Pour Fast and Furious, les producteurs ont décidé de passer à la vitesse supérieure à chaque fois (pun intended)

Dungeons and furious / Fast and dragons

Pour celles et ceux qui n’auraient pas dédié une dizaine d’heure de leur vie au visionnage des 8 films (au moment de l’écriture de cet article, ils veulent monter jusqu’à 10 parce que pour certains, trop n’est jamais assez), voici un petit résumé.

Dans le premier Fast and Furious, Vin Diesel (dit Baboulinet) n’est qu’un voleur de voitures qui fait des courses de rue. Les personnages sont téméraires, l’action exagérée mais réaliste et crédible (dans le côté réalité hollywoodienne). Dans le dernier en date, il fait partie d’un groupe d’espions qui agissent aux 4 coins du monde en se faisant parachuter d’un avion.

Ça ne vous rappelle rien ? Au début d’une campagne, les personnages ne sont guère plus que des paysans téméraires avec une épée ou un don pour les tours de foire. A haut niveau, ils se battent contre des dragons ou des êtres venus d’autres dimensions et peuvent faire pleuvoir les météores (maximum 20d6 de dommages) sur leurs adversaires.

Harder-better-stronger

Dans les deux cas, ceux qui maîtrisent le spectacle en ont fait toujours plus : plus de pouvoirs, d’explosions, de cascades et de violence.

Cette montée en puissance est caractéristique d’un pur style de jeu ludiste.

L’intérêt d’une partie ludiste réside dans la réussite d’un challenge. Cette réussite passe par une bonne coordination des joueurs et de leurs connaissances du système. Je vous renvoie vers cet excellent article de PTGPTB pour plus d’explications sur les différentes approches (ludiste, narrativiste, simulationiste).

En résumé, les joueurs cherchent à « péter le game ». Pour permettre aux joueurs de conserver ce sentiment de puissance, il faut varier les challenges. L’approche hollywoodienne est d’en faire toujours plus, jusqu’à en faire trop.

Dans les films Hollywoodiens, les enjeux narratifs sont prétextes aux enjeux visuels (à l’eye candy, au moneyshot).

Exemple très simple (fictif ?) d’une conférence de création pour le dernier Fast and Furious :

  • Baboulinet, growling: Vous savez ce qui serait cool ?
  • Producteur coké : Vas-y Vin, dis-moi !
  • The Rock, absent, (ils sont fâchés)
  • Baboulinet, growling: Des courses de voitures, mais sur la banquise…
  • Producteur coké : ok mais ils feraient quoi là-bas ?
  • Baboulinet, growling: Bah la méchante, elle a genre un sous-marin et elle s’est cachée là-bas, c’est évident Johnny !
  • Le marketeux encore plus coké, imaginant ça dans la bande-annonce: P****** mais t’es un génie Vin !

Oui on peut en rire mais c’est pareil pour le jeu de rôle (avec des budgets bien moindres) : changez le trailer par la couverture d’un énième supplément de Pathfinder… le raisonnement est le même, les deux promettent du spectaculaire.

Voilà une couverture qui ne vends pas de la diplomatie et des intrigues subtiles…

L’approche hollywoodienne classique

Comment en faire trop sans lasser ? Le big fucking gun with a twist

Le BFG était une arme mythique de DOOM.

Offrez-leur de nouveaux jouets : nouvelles armes, nouvelles armures, montures, véhicules, etc. Afin de les rendre intéressants, évitez simplement les dés supplémentaires : une hache qui fait 5d6 au lieu de 3d6 ne change pas vraiment le game, alors qu’une hache qui revient automatiquement après avoir été lancée change la façon de jouer.

Autres idées cadeau :

  • fusil expérimental qui risque d’exploser : la victoire ou l’amputation
  • arbalète harpon : pour empêcher les ennemis de fuir ET d’escalader !
  • baguette magique puissante qui risque de tomber en panne : et si ça s’avérait indispensable lors du prochain combat ?
  • poignard qui hurle du cri de toutes ses victimes

Transformer le fond vert en décor interactif

Vous pouvez inclure des éléments interactifs aux décors pour permettre aux joueurs d’être malins, pas seulement à leur personnage d’être efficace. Attention par contre à ne pas rajouter des modules de règles à chaque fois, l’erreur faite notamment par les suppléments de  Cyberpunk 2021, sous peine de tomber dans l’usine à gaz.

Dans Fast and Furious, la banquise est une option intéressante. Elle force les personnages à faire attention, crée un danger mortel (à vaincre sans péril…) et les force à collaborer.

Ces taches variant des classiques « frapper, parer etc. » elles permettent d’impliquer des personnages non-combattants dans la scène. On peut imaginer un hacker essayant d’ouvrir une porte ou un magicien essayant de retarder un rituel.

Fast and furious apporte aussi d’autres idées : un bâtiment en train de s’effondrer, des rues bondées de clichés de japonais (celle-là est à retravailler)

Mais alors Jamy, c’est facile !

(Photo by Carlo Allegri/Getty Images)

Oui, mais ce n’est pas pour ça qu’on ne doit pas prendre une route différente (pun still intended).

La franchise Star Wars (qui reste tellement ancrée dans ces codes que le 8ème film m’a plus fait l’effet d’un remake que d’une suite) a finalement essayé quelque chose de nouveau avec The Last Jedi, avec des situations différentes. Même si l’accueil a été, disons… mitigé, cela reste une très bonne chose/initiative.

Dans ce dernier film, il y a tout un segment sur une planète casino, qui est une version ultra luxe de la célèbre Cantina (orchestre, jeux, boissons). Mais les personnages ne font pas partie de ce monde ; ils ne sont pas à l’aise dans ce contexte et c’est tout son intérêt.

Petite anecdote qui montre le genre de scènes qui arrivent quand les joueurs sortent de leurs habitudes :

Mettez un groupe de mercenaires urbains psychopathes à Cyberpunk 2021 dans une réception mondaine et ils ne seront tellement pas à l’aise qu’ils finiront par tirer sur l’ambulance. Ok, ils cherchaient un tueur en série mais…

Au fur et à mesure d’une campagne, les joueurs s’habituent aux challenges, ils prennent de bonnes habitudes stratégiques, des trucs et astuces, ils optimisent dans leurs spécialités. Le risque c’est qu’ils se lassent de toujours faire la même chose, et de se lasser.

Pour Star Wars, la fanbase s’est partagée parce que certains n’ont pas accepté le changement de codes, de formules et depuis le réalisateur n’arrête pas de tweeter pour justifier ses choix.

Quand un réalisateur fait son film, il ne peut pas demander à tous les potentiels spectateurs s’ils aiment les surprises mais vous en tant que MJ, vous deviez savoir ce que vos joueurs veulent.

Conclusion :

Écoutez les désirs de vos joueurs, s’ils veulent jouer l’équivalent de la filmographie de Michael Bay, allez-y mais glissez-y des films toujours distrayants mais bien moins bêtes qu’ils n’en n’ont l’air.

Dans tous les cas n’hésitez pas à varier la forme des challenges mais respectez les codes et les thèmes que vous, en tant que groupe avez fixés.

Amusez-vous bien, moi je vais aller voir de bons films.

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