X-cards, safe space, etc … Débat d’idées ou débat bidet ?

Disclaimer : au vu de la sensibilité du sujet, je vais me montrer extrêmement vigilant quant aux commentaires qui seront faits. Je vous invite à rester respectueux et diplomates dans vos propos.
Je verrai immédiatement ceux qui commentent après avoir lu l’article et les autres. Je n’aime pas avoir à faire cela mais vu les réactions épidermiques que cela provoque j’y suis bien obligé.

De quoi on parle ?

Quelques mots pour revenir sur les faits qui agitent la communauté rôliste depuis quelques temps. Il est question d’ajouter aux parties de JDR des moyens de protéger les joueurs dans certaines situations.

Pour être clair, prenons l’exemple des X-cards : il s’agit de façon très simple, pour un joueur de stopper la partie (ou la scène, selon le problème) sans explication, car cela provoque chez lui-elle un malaise (lié en général à un traumatisme antérieur). Proche des “Trigger Warnings” qu’on croise sur les réseaux sociaux, c’est un outil au service du bon déroulement d’une partie.

En quoi ça pose problème ?

On arrive ici au cœur du problème. En gros on trouve deux positions polarisées et quasiment irréconciliables, et c’est pour ça que j’ai décidé de limiter les commentaires sur le sujet, car le débat est quasiment impossible, donc non pertinent.

Les çasertarientistes fragilistes :

Ce sont les opposants à ce type de procédés. Chez eux, j’ai décelé trois arguments ou plutôt trois inquiétudes principales :

“Je connais mes joueurs je sais où je vais”

Il s’agit de partir du principe que notre groupe de joueur est connu et rodé, on sait donc parfaitement anticiper leur réactions et leurs limites. Cela pose plusieurs questions : quid d’un groupe d’inconnus ? Du jeu en convention ? Mais surtout : êtes-vous vraiment sûrs de tout connaître de vos joueurs, y compris leurs traumas ?

Argument proche, le “en 30 ans ça m’est jamais arrivé, je vois pas pourquoi je changerais” argument contre-balancé par mon expérience perso de plus de 10 ans ou ça m’est arrivé deux fois. Donc bon, ça veut pas dire grand chose.

“Vos problèmes psy, allez les régler ailleurs”

Aussi connu sous le nom de “trop de fragiles”. Bon alors … Ni vous ni moi ne sommes des psy-chiatres/chologues/chanalystes (sauf si y’en a qui me lisent auquel cas votre avis m’intéresse 🙂 ). On ne peut donc pas préjuger de la santé mentale des personnes autour de nous. Une personne ayant eu un trauma ancien, suivi depuis toujours et ayant réussi à le dépasser, peut malgré tout avoir une réaction, au mieux de léger malaise au pire de crise avec des stimuli qui peuvent sembler bénins.

Pour prendre un exemple volontairement différent mais explicite : un ancien militaire souffrant de SSPT peut revivre son trauma avec simplement une porte de voiture qui claque.

Le JDR permet une grande immersion, qui peut donc résonner de façon inattendue auprès de quelqu’un ayant des fragilités. Et soyons clairs, on NE PEUT PAS anticiper ça autour de soi, on ne connait pas les joueurs (a fortiori des inconnus) suffisamment pour être sûrs de leurs traumas. Parfois eux-mêmes peuvent être surpris par leur propre réaction face à un stimulus.

Pentes glissantes et hommes de paille

“A ce rythme on pourra bientôt plus parler de [insérer liste incroyablement longue de sujets divers et variés]”, “bientôt on devra aussi faire des parties sans gluten”, “ouais bientôt on subira 4 x-cards par partie” etc, etc.

On présuppose ici de conséquences énormes d’une pratique. C’est bien sûr absurde parce que l’utilisation de X-cards est faite pour faire face à une situation rare mais existante – et qui surtout peut avoir d’importantes conséquences.

En vrai, si vous mettez en place ce type d’outil, il ne servira très probablement jamais (et c’est tant mieux). Mais le jour où, cela permettra à la soirée de jeu de se conclure sans malaise. C’est tout, ni plus, ni moins. L’argument présuppose aussi qu’une partie de JDR finie prématurément signifie la fin de l’amusement. Bon, a priori le JDR se fait avec des gens qu’on apprécie, aussi je vous fait confiance pour trouver autre chose à faire, jouer à du J2S, jeux vidéos, ou juste discuter autour de chips .

Ce type d’argument vient notamment d’un mauvais exemple utilisé dans l’article cité plus haut, où un joueur en sevrage tabagique joue une carte quand un personnage fume. Il en découle les faux exemples comme quoi tout et n’importe quoi peut être utilisé comme prétexte pour une x-card.

Pourtant, si l’instigateur de la X-card dans la partie fait bien son boulot d’explication, elle ne sera jamais utilisée à mauvais escient. Les joueurs sont conscients que cette carte est puissante et son usage très spécifique, il faut simplement leur faire confiance.

Voilà pour la partie “contre”. Il y a d’autres arguments, notamment le sempiternel “cétémieuavant”, les parallèles avec l’écriture inclusive, le “point Mireille Dumas” (sérieusement ?) et les attaques personnelles.

Les çachangerientistes :

Vous l’aurez compris, je me place plutôt dans cette catégorie 😉

On trouve ici deux types d’arguments : la bienveillance et la continuité.

Bienveillance obséquieuse ?

L’argument de vouloir le bien des joueurs se tient, au risque parfois de paraître paternaliste et obséquieux. L’usage de ce type de carte serait donc un moyen de plus de surprotéger des joueurs qu’on voit comme de petites choses fragiles.

Bon, si ces outils sont bien amenés et utilisés, les joueurs ne se rendront même plus compte qu’ils les ont. En revanche, le jour où vous avez à votre table un-e joueur-euse susceptible d’avoir besoin d’une x-card, il ou elle sera rassuré-e par la simple présence de la carte, et si un déclencheur se présente, sera en confiance pour soit l’affronter, soit stopper là.

Pour moi, même dans un jeu d’horreur, le bien-être des joueurs est essentiel. La barrière entre joueur et personnage est peut être très solide mais jamais totalement étanche. Autant prévoir une carte qui ne servira à rien plutôt que de se retrouver avec un-e joueur-euse qui se sent mal voire pire en cours de partie.

Qu’est-ce que ça enlève au jeu ?

C’est la question qui me taraude le plus quant aux opposants farouches : qu’est ce que la présence d’une simple carte (que vous oublierez probablement dans les plis de votre fiche de perso) changera à votre façon de jouer ?

Dans les faits, à mon avis, la présence d’une x-card ne change absolument rien. Comme je l’ai dit plus tôt, en pas mal d’années de pratique, je n’ai été en présence de ce type de situations que deux fois, deux parties qui auraient pu s’arrêter (ou pas d’ailleurs) sur une x-card, c’est clairement négligeable. Mais j’en ai malheureusement gardé un souvenir pas top, mais quid des joueurs-euses concerné-és ? Elleux peuvent en avoir carrément un mauvais souvenir voire du ressentiment.

Au final, que dire ?

Du contrat tacite :

Lorsqu’on se lance dans une partie de JDR, la plupart du temps, un contrat tacite se lie entre les joueurs et le MJ. Si je vous fait jouer du Z-corps vous saurez a priori que des zombies seront dans les parages. Si cela vous pose un souci vous n’irez pas à ma table (déjà vécu), et il n’y a pas de soucis avec ça.

Les X-cards sont du même acabit, elles servent, à mon sens, surtout dans les cas où l’on recherche la surprise et la rupture de ton. Si je veux vous faire jouer un slasher et garder l’effet de surprise, je ne vais pas vous le dire avant. Or cela peut “piéger” des joueurs sensibles à certains thèmes (si vous jouez un remake de Délivrance, comme celui fourni dans Bimbo, je vous laisse imaginer quelles scènes peuvent choquer). La x-card permet de se prémunir de ça.

Le contrat peut aussi être plus explicite et dès le début dire de quoi on va parler. Cela peut être du spoiler, donc ce n’est pas toujours la meilleure solution, néanmoins je la trouve intéressante, lorsque le scénario ne repose pas sur des twists et des ruptures de ton.

Ça existe déjà !

Des dispositifs de protection des joueurs sensibles existent déjà, ils ne sont juste pas spécialement formalisés comme la X-card. Certains mettent en place ce que j’appelle la “règle SMS”, en gros si quelque chose ne va pas, la personne concernée envoie un texto discret au MJ. D’autres mettent des avertissements dans leur descriptifs de partie, interdisent leur tables aux mineurs, etc etc.

Ce qui “trigger” donc les anti X-cards (ironique non ?) c’est, je pense, la formalisation d’un tel outil et la “peur” de le voir s’intégrer à leur jeux préférer et ainsi les “dénaturer”. Hors, dans les faits, ils croisent déjà des “x-cards like”.

Irréconciliables :

Le fin mot de l’histoire est simple : on ne peut pas trancher le débat. Les deux pôles sont trop arc-boutés sur leurs positions (moi compris) et le sujet trop brûlant pour en faire quoi que ce soit de constructif pour l’instant.

En attendant, j’encourage ces pratiques et je pense qu’à terme elles vont se démocratiser sans se généraliser.

Si vous me lisez et que vous êtes concerné-e par l’usage de x-cards, guettez les mj qui les utilisent (ou d’autres outils de ce type). Si vous vous en battez les glaouis et bien allez y, la présence d’une X-card ne vous gênera pas et son absence non plus (on revient donc au fait que ça ne change rien au jeu).

Je conclurai donc sur deux citations :

Une de sagesse populaire

Ce qui va sans dire, va toujours mieux en le disant

Ensuite une tirée du blog Suck My Dice

Le JDR C’est comme la baise, […]avec le consentement c’est mieux

Pour aller plus loin :

Voilà pour ce sujet compliqué, je vous rappelle que vu à quel point sont irréconciliables ces points de vue, de bien vous relire avant de commenter.

Merci de m’avoir lu ! Et à très bientôt pour d’autres articles plus légers 🙂

Guillaume COEYMANS & Sarah GHANIMI

2 réflexions sur « X-cards, safe space, etc … Débat d’idées ou débat bidet ? »

  1. Bien résumé.

    Maintenant je trouve que (ironiquement je rejoins un peu mes détracteurs sur Facebook ces derniers jours), nos articles à tous donnent une importance disproportionnée à des situations de jeu ultra minoritaires (heureusement) et qui ne concernent pas toutes les tables.

    Merci pour ton article et la citation. 🙂

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