Acting et JDR sur table

acting

Faire du jeu de rôle, est-ce être comédien ?

L’idée de cet article vient d’un commentaire vu sur le blog du Dr Dandy qui a lancé un petit débat sur le sujet. J’ai décidé de faire part de mon avis de façon un peu poussée… 

Jeu de rôle ou jeu de rôles ?

Au singulier :

Si l’on parle de “jeu de rôle” mon âme de linguiste se réveille et me souffle que grammaticalement, dans ce cas, le “rôle” est la matière dont est faite le jeu. Dans ce cas l’interprétation de son rôle est une condition sine qua non de la pratique de JDR, et donc on ne peut pas être rôliste sans quelque part être acteur. Il faut savoir saisir les enjeux de son personnage, le composer et l’incarner. Le personnage est quasiment en dehors des réflexions du joueur et vit “par lui même” (quitte à paraître un peu schizophrène) . Si l’on se projette ainsi, alors oui, on peut être comédien.D’autant que l’interprétation est dans ce cas une des  finalités du jeu  ! Plus que l’intrigue elle même   Mais, ce qui me  gêne dans cette vision, c’est qu’être comédien implique un public à qui faire vivre notre jeu.

Cet argument est à double tranchant. En effet, les autres joueurs (et donc acteurs) sont aussi notre public tout en étant nos collaborateurs.

Au pluriel :

Ici, c’est un peu différent. Dans cette configuration, les rôles sont des accessoires du jeu. On joue à l’aide de rôles pour arriver à nos fins. La bonne interprétation n’a pas d’autre finalité que de faire avancer la partie et représenter des stéréotypes (dédicace à tous les policiers/gardes etc. … avec l’accent du Sud).  On a généralement dans ce cas une forte perméabilité entre le personnage et le joueur car au final l’interprétation “théâtrale” n’est pas très poussée. L’optique est plus “narrativiste” car interpréter n’est qu’un moyen de faire avancer l’histoire plus qu’une fin en soi. En revanche, l’avantage de cette vision est l’amusement immédiat et l’accessibilité de cette méthode.

Une question de projection

La projection (que l’on appelle aussi roleplay mais qu’en tant que mangeur de camembert chauvin je n’aime pas utiliser) est la capacité à se projeter (Capitaine Évidence) dans l’univers du jeu et dans ses personnages. Plus encore c’est la capacité à ne pas en sortir et de ne pas faire interférer le joueur avec le personnage.

A mon avis, on fait une bonne projection lorsqu’on à une pensée de type “Tiens, je ferais bien ça, mais mon perso ne le ferait pas” (ou l’inverse) mais surtout, et c’est je pense le plus important, quand TOUTE la table joue ainsi. A l’exception du MJ dont le rôle est un peu différent. Lorsque tout un groupe est projeté dans son univers, le jeu devient très très immersif et tout le monde joue son rôle, tout le monde est acteur de la partie.

Cela demande bien sûr une très forte implication et de sortir du “fun” immédiat pour plonger dans quelque chose de plus sérieux. Mais l’amusement est tout aussi fort ! C’est une démarche moins accessible à un débutant ou lors d’une initiation mais qui vaut vraiment l’effort. Dans ce cas, pour moi, on est comédien à ce moment là, on est même dignes de très bons comédiens d’impro, car tenir un personnage sur plusieurs heures est quelque chose de très difficile.

So what ?

Je vous ai présenté mon avis, mais je n’ai pas répondu à la question générale. Alors non, je ne pense pas que faire du JDR c’est être comédien. Prendre un langage ampoulé et un accent improbable ne fait pas du joueur un comédien. C’est le cas de figure le plus rencontré dans la plupart des tables que j’ai vues. Mais cela n’est pas “bien” ou “mal” car les parties se déroulent bien et le fun est présent, c’est ce qui est essentiel !

En revanche, dans certaines formes de jeu, avec des joueurs avertis et préparés (Attention, cela ne veut pas dire expérimentés). On peut créer des choses très proches d’une vraie performance de comédiens. Plusieurs heures de jeu en immersion quasi totale avec une interprétation poussée et des constructions passionnantes. Ces parties sont plutôt à tendance un peu dramatiques (jeux d’horreur, d’investigation, etc. …) et on en sort souvent avec la sensation de “c’était super dur, mais c’était génial”. Elles demandent plus de préparation et d’implication mais sont parfaitement réalisables.

Enfin, ce qui peut gêner la notion d’ “acting” c’est qu’il n’y a pas réellement de public. Certains diront que cela ne change rien, d’autres que c’est mieux ainsi car on cache notre “mauvais” jeu. Il n’y a pas de réponse je pense, c’est à la discrétion de chacun…

Pour aller plus loin :

Je vais vous parler en avant première mondiale ultime de la mort qui tue de mon prochain test qui sera publié ici : “Oltréé!” Publié chez John Doe. C’est un jeu de rôle qui mixe classicisme et méthode de jeu non conventionnelle. Le jeu est basé sur l’improvisation, l’émergence et la persistance. Le système de jeu est réellement intéressant. Dès que je finis de le lire et fait jouer quelques parties, je vous écris un article dessus !

J’ai laissé de côté le JDR grandeur nature car la problématique y est différente. J’en parlerai dans un autre article à venir !

Bon jeu !

Guillaume Coeymans 

Sources :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jeu_de_r%C3%B4le_sur_table

http://fr.wikipedia.org/wiki/Interpr%C3%A9tation_du_r%C3%B4le

http://lesbonsremedes.overblog.com/2014/12/les-bonnes-idees-de-l-indie-pour-vos-parties.html

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