Un bon MJ est il forcément un salopard ?

BOUM et ouais ! Chez Homo-Ludis, on balance, pas de langue de bois ! Bon plus sérieusement c’est un cliché récurrent le “méchant MJ”, celui qui tue ses joueurs, qui leur met des bâtons dans les roues, etc. Pour Préambule, n’hésitez pas à relire cet articles sur mes commandements du JDR ainsi que celui ci sur le MJ.

Du rôle du MJ :

Le maître du jeu est dans un rôle particulier au sein d’une partie de JDR. Il est l’animateur de la partie, l’interface entre le jeu et les joueurs. C’est lui qui pose les obstacles et les éléments qui font avancer l’intrigue.

C’est à cause de cela que parfois, le MJ est vu comme “le méchant” ou l’opposant aux joueurs. Cette confusion peut venir soit des joueurs eux-mêmes soit du MJ.

NB je ne parle pas des jeux type Sombre ou Dés de Sang ou autre, dans lesquels le MJ est clairement là pour tuer du PJ qui doit essayer de survivre comme il peut.

Or c’est un contresens qui a amené à une perversion de ce rôle.

Cependant, le MJ doit parfois faire des choix forts et prendre des décisions sévères… Alors parlons en :

Donner du sens :

Quand, en tant que MJ, vous prenez une décision forte, dans l’instant (tuer un PJ) ou prévue (mettre consciemment un monstre plus fort que le groupe dans votre scénar), c’est un choix qui doit être fait avec de bonnes raisons.

Par exemple, je fais souvent jouer l’Appel de Cthulhu (AdC), j’entends trop souvent dire “on va tous mourir” “c’est un jeu pour MJ sadique” “faut que tu aimes tuer tes joueurs” etc. Bon… Alors … Je n’aime pas tuer mes personnages, mais dans AdC les PJ sont fragiles et font face à des dangers mortels. La mort peut donc arriver rapidement.

La plaque tombale de vos joueurs ?
RIP les PJ

Mais mon but est que les joueurs jouent et passent du bon temps ! Lorsque je mets en face d’eux un danger, je sais qu’ils peuvent mourir et lorsque les PJ ne triomphent pas, j’applique les conséquences froidement. Mais il est très important pour moi que leur mort (ou leur affaiblissement) ait du sens. C’est à dire qu’elle leur permette soit d’avancer (en découvrant ce qu’il ne faut pas faire, en leur donnant un indice, etc.) soit qu’elle permette un départ en fanfare (Dédicace à ce joueur qui est mort en crachant au visage d’un dieu). Je déteste quand vient le moment d’abattre un PJ de façon gratuite, je met tout en place pour que ça n’arrive pas. Pire encore lorsque c’est moi en tant que joueur qui me fait assassiner sans avoir compris le pourquoi du comment.

Par contre, comme disait un GNiste que j’avais croisé un jour : “quand je commence une partie, je réfléchis d’abord à comment réussir ma mort plutôt que mon scénar” 😉

Quand être un salaud a du bon :

Pour autant, un MJ ne doit pas être un bisounours qui chouchoute ses PJ. Si votre scénario est bien construit, ils ont toutes les cartes en mains pour éviter la mort assurée, s’ils se plantent, la sanction doit être immédiate (nouvelle dédicace aux PJs qui courent dans les donjons).

Être dur avec les PJs en laissant peu de place à l’erreur est aussi un moyen de poser une ambiance tout de suite, on est pas ici pour rigoler (enfin si, mais bon vous m’avez compris) comme je l’avais évoqué ici.

Cela permet aussi de gérer le niveau de votre groupe. Toutes les équipes ne sont pas égales et ne se gèrent pas de la même façon. Les brutaliser peut avoir du bon pour orienter un groupe dans la direction que vous souhaitez. Parfois aussi, mieux vaut relâcher la pression pour les laisser reprendre leur souffle si c’est un groupe plus fébrile.

Grumpy Cat MJ
Ne soyez pas cette caricature 😉

Soyez prudents cependant à ne pas tomber dans l’excès et devenir un MJ qui prend plaisir à tuer ses PJs pour un oui ou pour un non. Vous risquez de faire fuir vos joueurs qui ne passeront pas forcément un bon moment avec vous. Essayez d’équilibrer tout ça 😉

Le cas des jeux antagoniques :

J’appelle un peu pompeusement les jeux antagoniques ceux qui mettent en opposition plus ou moins claire le MJ et les PJ. Je citerai notamment Sombre, Dés de Sang ou Star Marx (on va en reparler bientôt 😉 ). Si vous avez d’autres exemples, mettez les moi en commentaire, ça m’intéresse !

Ces jeux prennent le parti de jouer la survie des joueurs contre un jeu impitoyable animé par un MJ implacable. Il n’y a pas d’adversité directe, le MJ ne peut pas avoir pour but de tuer les PJ, car techniquement il peut le faire immédiatement. Cependant, on pousse dans ces jeux assez loin l’aspect “salopard” du MJ, sans que celui-ci doive verser dans le sadisme, sinon le plaisir peut disparaître (à moins que vous fassiez d’autres jeux de rôles, auquel cas ça ne regarde que vous :p ).

La dynamique de jeu ainsi créée est bien différente, le MJ prenant ainsi un rôle, ce qu’il ne fait pas habituellement et les PJ se retrouvent à former une équipe qui doit être soudée pour survivre. Ici être un salopard fait partie du délire et est acceptable. Du fonctionnaire corrompu au tueur psychopathe, il y en a pour tous les goûts ! Alors allez-y !

Voilà pour ce sujet ! N’hésitez pas à partager l’article et mettre en commentaire vos trucs, astuces et anecdotes ! A très bientôt 🙂

Guillaume COEYMANS

Faut qu’on conv’ #2 – Et yo oh oh ! Pour les Chroniques de Terres d’Ouest !

Bienvenue dans “Faut qu’on conv’ “, les articles sur nos expériences en conventions ludiques ! Vous trouverez ici nos impressions sur les événements de nos confrères joueurs. Aujourd’hui, retour sur les Chroniques de Terres d’Ouest : Chapitre 7, le 7ème pirate. Bien sûr, cela sera tout à fait subjectif, donc n’hésitez pas à donner vos propres impressions en commentaires 😉

Vendredi

Cette fois-ci, départ en solo vers le grand inconnu : ma première fois à Tarbes pour cette convention ! Après trois heures de route, je m’installe rapidement à l’hôtel que j’ai réservé. J’apprendrai plus tard que les organisateurs ont appris le jour même qu’ils n’avaient pas accès au bâtiment réservé comme dortoir commun, pas de chance pour eux.

La convention démarre à 17h30, j’y arrive vers 18h15. Encore en voiture, je suis accueilli par des bénévoles qui m’indiquent où me garer. La convention dédiée aux jeux de rôles a lieu dans un ancien bâtiment qui, je l’apprendrai plus tard, accueille désormais des événements et est prêté par la mairie de Tarbes. Les efforts de décoration sont visibles, premier bon point. Le lieu est spacieux, à l’intérieur comme à l’extérieur, deuxième bon point, les choses commencent bien ! Pour couronner ce bon départ, un pack de bienvenue est offert lors de l’inscription à l’accueil : l’écocup de cette édition, un critérium, un stylo, quelques objets publicitaires et un dé-gomme.

Avant d’attaquer le pack de bières, voici le pack de bienvenue !

La convention a choisi de réserver l’inscription des Mjs (et donc des joueurs) sur place, pendant la convention elle-même. A titre personnel, je trouve ce procédé risqué (à raison comme on le verra plus tard), mais cela a globalement bien fonctionné tout le weekend.

Lors de mon arrivée, il y a une quinzaine de personnes, organisateurs compris. Pas de stand en vue, en dehors de l’accueil et la buvette. Mis à part Petit Coeur, le célèbre président de l’association “Terres d’Ouest”, les autres bénévoles ne font pas d’accueil de public et se contentent de discuter entre eux, assis derrière leurs stands. C’est dommage. Refusant de passer trois heures dans mon coin en attendant le début de ma partie, je vais à la rencontre d’autres rôlistes et engage la conversation. Je passe un moment convivial dans la bonne humeur (coucou Benjamin et Eudes ! 😀 ). Les parties sont affichées, et pour faire honneur au thème de cette année (Le 7ème pirate), je m’inscris sur Pavillon Noir. Pour voir le résumé des parties de ce week-end, rendez-vous en fin d’article 😉 La partie se termine à… 6h30 ! Épuisé je rentre à l’hôtel en sachant que je devrais me lever très peu de temps après.

Point repas

Je vais ici m’attarder sur l’ensemble de la restauration pendant la convention. Au niveau des prix, je n’ai rien à redire, ils sont corrects pour une convention. La carte nous pousse à réserver les repas chauds : trois différents, le vendredi soir, le samedi soir et le dimanche midi. Les repas chauds sont bons, le système des tickets pour l’ordre de passage est efficace. Il y a également un choix correct de boissons et de snacks. Le café était offert tout le week-end, très bon point (même si moi-même je n’en bois pas).

la buvette et le stand “goodies”

En revanche, je trouve le choix de sandwiches pauvre : seulement 3 sandwiches basiques (un pâté ; un jambon beurre avec option fromage râpé/cornichon ; et un brie avec option salade). Le rôliste mange, c’est un fait. Mange beaucoup pour nombre d’entre-nous. Et lorsqu’on est présent sur deux nuits et deux jours, cela fait peu. Il y a également une section salade, composée de carottes râpées et de taboulé, qui, a mon sens, ne sont pas des salades.

En dehors des moments de repas, des bénévoles passaient aux tables pour prendre les commandes des joueurs. Je suis partagé sur ce point là. D’un côté, proposer un service à table est une attention qui fait plaisir et peut être très pratique. De l’autre, plusieurs joueurs avec lesquels j’ai discuté m’ont dit que cela brisait l’immersion de la partie, et je suis plutôt d’accord avec eux. D’autant plus que le passage des bénévoles se faisait environ toutes les heures. Au bout d’un moment, cela m’a donné une légère impression de vente forcée (dire 3, 4 fois non de suite, c’est dérangeant).

Samedi

Après environ 2h30 de sommeil, me voici de retour aux chroniques de Terres d’Ouest ! J’apprends que le cumulus des douches a lâché… je suis content d’avoir pris l’hôtel ! Je m’inscris à la table de SteamShadows. Je m’aperçois que deux stands sont en train de s’installer : la Loutre rôliste et WonderLandes. La bourse aux livres de jdr se lance bien aussi. Je passe donc la matinée à discuter joyeusement et à inspecter l’offre des stands (je fais mon achat habituel au stand de la Loutre).

Il y a plus de monde que la veille, on montera jusqu’à 90 environ ce jour-là. Des têtes connus apparaissent, dans le désordre : Luna, Forgie, Emilien, Alexis, Alexia, Olivier… J’essaye de comptabiliser les assos présentes et repère : Terres d’Ouest et la Guilde Alpha (les orgas… normal quoi !), les Ailes de Némésis (qui viendront animer les prochaines Rencontres Ludiques de Dragon Libournais – 6 au 8 Avril 2017 – Viendez tous !), Troll Me Tender, Grabuge, le Phénix Cadurcien, Grimoire, entre autres…

Le round 2 se passe et je vais m’inscrire pour la partie du soir, mais… comme dit plus haut, les inscriptions le jour-J c’est risqué, votre serviteur et plusieurs autres joueurs se retrouvent sans table, toutes les places étant déjà réservées ! Heureusement, un joueur passant par là constate le problème et propose d’improviser une partie. Nous sommes sauvés ! Une fois inscrit, je me laisse tenter par une démo du jeu “Welcome to the dungeon” proposé par le stand de WonderLandes. Très bonne découverte, au point que je vais l’acheter le lendemain.

Après le repas, je fais un aller-retour à la gare de Tarbes pour aller chercher mon compatriote dragon libournais et frère de convention, j’ai nommé Polo (il bossait jusque dans l’après-midi du samedi et ne pouvait donc pas être là avant… le pauvre). Il s’inscrit et nous nous lançons directement dans le troisième round. Fin de partie vers 2h30 (avant le changement d’heure, présent cette nuit là). Nous allons donc dormir convenablement cette nuit pour attaquer la dernière journée.

Dimanche

Aujourd’hui, tournoi de zombicide le matin (auquel je n’ai pas participé) et concours d’improvisaiton pour les MJs l’après-midi (timing : 13h à 16h). Avec quelques amis, nous faisons quelques parties de “Welcome to the dungeon” avant que je ne les quitte pour aller interviewer Petit Coeur, puis Benjamin – un joueur rencontré vendredi (retrouvez ces interviews en fin d’article).

Le dernier round se lance et se termine dans la bonne humeur. On nous prie de quitter la salle principale le temps de l’installation pour la remise des lots. Dehors tout le monde raconte la partie qu’il vient de vivre, et il est facile de comprendre que l’exercice a été un succès franc dans la plupart les cas.

Nous rentrons et la remise de lots commence. Il y a eu une très bonne ambiance, des rires, des cris (sérieux, les gars de Grabuge, vous êtes bruyants :p ). Petit bémol, 15 récompenses MJs + 15 récompenses joueurs + les récompenses zombicides + récompense de l’impro… ça fait long tout ça ! Surtout que je n’ai vraiment compris comment le classement était établi. Nous devions noter les MJs sur différents critères pour un total de 100 points et réciproquement. Était-ce la moyenne du week-end qui était prise en compte ? La meilleure des notes ? Pourquoi faire plusieurs critères s’ils ne sont pas différenciés lors du classement final ? Bref, un peu confus pour moi, beaucoup de questions, mais le moment a été quand même très agréable. Et bonne idée de laisser un espace de paroles à ce moment pour faire un peu de pub !

La convention se termine, on fait le tour des “au revoir” et c’est reparti pour trois heures de route.

Bilan

C’était fort agréable ! J’ai globalement passé de bonnes parties, l’organisation (malgré les imprévus qu’ils ont dû affronter) a bien fonctionné et l’ambiance était très conviviale. J’ai fait de chouettes rencontres et découvertes. Le rhum a coulé à flots et les navires ont coulé tout court.

Quelques petits points d’amélioration de mon point de vue :

  • la restauration : proposer plus de choix en dehors des repas chauds et repenser le service à table.
  • L’accueil : un grand, un immense, un gigantesque bravo à Petit Coeur qui a couru dans tous les sens tout le long de la convention tout en discutant avec le sourire avec les festivaliers. Malheureusement, ce fut un peu le seul des organisateurs à le faire. Tout en restant polis, la plupart des bénévoles n’étaient pas très chaleureux et ne les voyant que dans le cadre de la buvette ou de leur stand “goodies”, cela donnait un côté très commercial, une sorte de rapport de vendeur à client. Je pense que ce genre de festival n’a pas pour but premier d’être rentable (même si ça aide, hein, on va pas se mentir :p ) et il est donc dommage d’avoir ce type de rapport.
  • Raccourcir la remise des prix et la rendre un poil plus vivante.

Spoiler de l’interview : même sans l’annonce de refonte de format de cette convention, je serais revenu avec grand plaisir l’année prochaine. C’est une réunion de plus ou moins vieux copains qui partagent volontiers de bons moments ensemble. Et c’est le principal d’une convention.

Second, on part immédiatement ! Notre navire le “Faut qu’on conv'” part tout de suite pour sa nouvelle destination : direction le Salon Fantastique ! Une part supplémentaire pour tout le monde si on arrive sous dix jours !

– – – – – – – – – – – – – – – –

Les 4 parties de jdr du week-end

Pavillon Noir

La partie qui a le plus collé au thème de la convention (pour rappel, le 7ème pirate). J’ai donc été capitaine du Traqueur des Mers (le nom n’a pas fait l’unanimité dans l’équipage, mais osef, j’suis le capitaine). Nous avons été mandatés par le conseil des amiraux pour ramener l’un des leurs pour être jugé. Et cet amiral n’était autre que… Edward Teach, Barbe motherfucking Noire en personne ! Comment vous dire que l’équipage a été moyennement ravi. Le jeu Pavillon Noir a un réel soucis du détail et notre meneuse de jeu est une vraie passionnée de la piraterie. C’est donc dans de très bonnes conditions que s’est déroulée cette partie.

A un détail près : un des joueurs présents avait, à mon sens (et à celui de certains autres il m’a semblé) un comportement hors du jeu très déplaisant. L’un de mes camarades de jeu a eu droit à “Non mais en fait tu n’as que des idées de merde.” pour ne donner qu’un exemple. Je ne vais pas lancer le débat ni faire un procès à cette personne, mais juste faire une remarque personnelle : ce genre de comportement peut ruiner une expérience de jeu et c’est principalement le rôle du meneur de contenir ces excès.

Cela dit, je referais une partie de Pavillon Noir en compagnie de cette meneuse et le reste du groupe avec grand plaisir !

SteamShadows par Nightwish

Dans un monde dystopique à fond steampunk, les joueurs sont amenés à cotoyer les ténèbres. J’ai eu la chance de recroiser Nightwish comme MJ, lequel m’avait déjà masteurisé One% lors de RPGers (lire le “Faut qu’on conv’ #1” ici ). L’Univers m’intéressait, le MJ était plus que compétent, les joueurs motivés, toutes les conditions étaient réunies pour une bonne séance.

Seulement l’alchimie n’a pas eu lieu. Je ne saurais vraiment expliquer pourquoi. La seule chose que j’ai noté était un scénario plat. Le rythme était pourtant plutôt bon, les joueurs prenaient des initiatives, le RP plutôt bon… Ma fatigue a dû jouer sur mon ressenti (2h30 de sommeil, rappelez-vous).

Le jdr “bac à sable” par Gaël

Nommé ainsi par notre MJ, j’ai pas mieux. C’est la partie improvisée par notre MJ qui a eu pitié de nous autres joueurs sans table (merci encore m’sieur!). Pourquoi “bac à sable” ? Parce qu’il a repris une situation dans une unité de lieu et de temps où beaucoup de choses se passaient en simultanée. C’était donc en fonction des actions des joueurs que l’aventure a évolué.

Presque aucun jet de dé (aucun pour moi-même) que du RP donc. Et cela a vraiment bien fonctionné ! J’ai choisi de jouer un jeune youtuber dans un scénario de fin du monde/apocalypse, et c’était super. Beaucoup de questions qui n’ont trouvé de réponses qu’à la fin, une descente aux enfers bien rythmée, une bonne dose de pression… très bonne partie en somme !

Concours d’impro

Dernière partie du week-end, et tout aussi géniale que celle de la veille au soir. Un système simple d’utilisation qui nous a permis en tant que joueurs de concevoir très rapidement et de façon efficace nos personnages.

La contrainte donnée par le MJ étant d’avoir des personnages qui ont été condamnés à mort, nous nous sommes retrouvés avec un chef de secte (loué soit l’arbre suprême ! Et pensez à faire votre air-jardinage quotidien !), un trafiquant en TOUT-genre, vraiment… un mercenaire qui s’est fait balancer par ses anciens potes, et moi-même en terroriste écolo. Vous la sentez la bonne partie à venir ?

En bref, du bon RP, de bons délires, de l’action bien dosée, une impro bien tenue par notre MJ… que du bonheur !

Interview de Petit Coeur

E.C. : On a entendu parler du mystérieux président de Terres d’Ouest… tu peux le présenter ?

P.C. : Je suis Alexandre Lopez, aka Petit Coeur, président fondateur de l’association Terres d’Ouest qui vient de fêter ses 10 ans.

E.C. : On a déjà huit chapitres de Terres d’Ouest, que penses-tu du chemin que vous avez parcouru ?

P.C. : Comme tout organisateur on est content d’en être arrivé là, parce que le milieu des conventions n’est pas toujours évident. On a des modèles de grands frères tout autour de nous qui perdurent chaque année et qui nous donne envie à nous de continuer aussi. Faire une convention ce n’est pas évident, mais le visage content des gens à chaque fois c’est du pur bonheur.

E.C. : Si tu devais adresser un message au public de Terres d’Ouest, ça serait lequel ?

P.C. : Je vous aime.

E.C. : C’est beau. Quel est ton meilleur souvenir pour Terres d’Ouest ?

P.C. : La création de l’association, parce que depuis je suis toujours dans ce meilleur souvenir. Depuis que l’asso a été créée, c’est vraiment chouette. C’est pas une tartine de bisounours, l’asso s’est créée sur un coup de tête avec des passionnés et beaucoup de gens nous ont rejoint depuis. On a de la chance d’avoir une asso très vivante, très participative, qui se bouge beaucoup, qui joue beaucoup, qui fait beaucoup de choses ensemble, donc ouais, c’est vraiment chouette.

E.C. : Quel est le futur réservé aux prochains chapitres de Terres d’Ouest ?

P.C : Alors ça va être une petite surprise, puisqu’il faut savoir que beaucoup d’événements, n’étant pas tous de notre ressort, vont nous obliger à faire une refonte. Et donc spoiler, je vous le dit en avant première à vous, nous allons être obligés de faire une refonte totale de notre convention. Ce qui veut donc dire que ce chapitre là est le dernier de ce livre, et les chroniques des Terres d’Ouest démarreront l’année prochaine sur un nouveau livre.

E.C : Un deuxième tome ?

P.C. : Un deuxième tome avec on l’espère, toujours autant de choses à vous proposer, de surprises agréables. Mais quoiqu’il arrive, une refonte totale de la convention.

E.C : Je te remercie !

P.C. : Moi aussi et merci d’être venu.

Interview de Benjamin

E.C. : Ami rôliste, quel est ton background ?

Benjamin : Alors moi je crois que ça va faire quatre que j’ai commencé le jeu de rôles à peu près. J’ai commencé sur le système générique GURPS, et après avec les différentes conventions, les différents MJs, j’ai pu tester d’autres systèmes. Niveau conventions, j’en fais pas mal normalement, à peu près 3 ou 4 par an : l’Envol du Phénix de Cahors qui était plutôt pas mal, y’a Terres d’Ouest, là où on est actuellement aussi, l’Envol du Dragon à Montpellier, et y’avait une autre convention à Marseille mais j’ai oublié le nom.

E.C. : En 3 mots chacun, tu peux me donner 3 points forts et 3 points faibles pour Terres d’Ouest ?

Benjamin : Moi j’aime bien les petits tickets pour la bouffe. C’est pas mal parce qu’en organisation, ça aide les organisateurs à ne pas gérer de l’argent. En plus ils passent sur les tables pour proposer à manger tout le long, donc c’est vraiment pas mal. Le lieu est plutôt sympa, on est tranquille on est à l’extérieur de la ville donc y’a pas de bruit. Les tables sont séparées, on entend pas trop les voisins, y’a même des salles séparées pour les jeux d’ambiance. Et enfin, ah ah, c’est une convention de jeux de rôles, c’est déjà pas mal ! Pour les points faibles, j’avais vu à l’Envol du Dragon des conférences autour du jeu de rôles, là c’est dommage qu’on n’en ait pas ici. Le dimanche est peut être pas super, parce que le matin déjà on n’a pas de partie, mais bon ça, pourquoi pas, à la place y’a un tournoi de zombicide. Moi je suis pas très fan de zombicide, c’est dommage parce qu’on pourrait en profiter pour faire plusieurs jeux de société en tournoi. Même mettre plus en avant les jeux de société entre les parties, ça pourrait être pas mal. Après y’a le tournoi d’impro, on m’en avait parlé l’année dernière, les MJs avaient comme condition de tuer un joueur. J’ai pas aimé ça, parce que tuer un perso en jdr, ça arrive, mais forcer le MJ à tuer, je trouve ça moyen. Ça ne m’a pas donné envie d’essayer cette année. Avoir des critères oui, mais pas abusifs comme celui-là.

E.C. : Si tu as un message à adresser aux organisateurs de Terres d’Ouest, ça serait lequel ?

Benjamin : C’est super cool, je reviens l’année prochaine !

E.C. : Là on est presque à la fin, quel est ton bilan ?

Benjamin : C’est un bonne convention, c’est tranquille. J’ai bien aimé, j’ai participé à trois jeux de rôles, à chaque fois différents, à chaque fois de bons MJs. Qu’est-ce qu’on attend d’une convention de jeux de rôles ? De s’amuser, de passer du bon temps et de faire de belles rencontres, et bah voilà !

E.C. : Merci beaucoup !

Benjamin : De rien !

X-cards, safe space, etc … Débat d’idées ou débat bidet ?

Disclaimer : au vu de la sensibilité du sujet, je vais me montrer extrêmement vigilant quant aux commentaires qui seront faits. Je vous invite à rester respectueux et diplomates dans vos propos.
Je verrai immédiatement ceux qui commentent après avoir lu l’article et les autres. Je n’aime pas avoir à faire cela mais vu les réactions épidermiques que cela provoque j’y suis bien obligé.

De quoi on parle ?

Quelques mots pour revenir sur les faits qui agitent la communauté rôliste depuis quelques temps. Il est question d’ajouter aux parties de JDR des moyens de protéger les joueurs dans certaines situations.

Pour être clair, prenons l’exemple des X-cards : il s’agit de façon très simple, pour un joueur de stopper la partie (ou la scène, selon le problème) sans explication, car cela provoque chez lui-elle un malaise (lié en général à un traumatisme antérieur). Proche des “Trigger Warnings” qu’on croise sur les réseaux sociaux, c’est un outil au service du bon déroulement d’une partie.

En quoi ça pose problème ?

On arrive ici au cœur du problème. En gros on trouve deux positions polarisées et quasiment irréconciliables, et c’est pour ça que j’ai décidé de limiter les commentaires sur le sujet, car le débat est quasiment impossible, donc non pertinent.

Les çasertarientistes fragilistes :

Ce sont les opposants à ce type de procédés. Chez eux, j’ai décelé trois arguments ou plutôt trois inquiétudes principales :

“Je connais mes joueurs je sais où je vais”

Il s’agit de partir du principe que notre groupe de joueur est connu et rodé, on sait donc parfaitement anticiper leur réactions et leurs limites. Cela pose plusieurs questions : quid d’un groupe d’inconnus ? Du jeu en convention ? Mais surtout : êtes-vous vraiment sûrs de tout connaître de vos joueurs, y compris leurs traumas ?

Argument proche, le “en 30 ans ça m’est jamais arrivé, je vois pas pourquoi je changerais” argument contre-balancé par mon expérience perso de plus de 10 ans ou ça m’est arrivé deux fois. Donc bon, ça veut pas dire grand chose.

“Vos problèmes psy, allez les régler ailleurs”

Aussi connu sous le nom de “trop de fragiles”. Bon alors … Ni vous ni moi ne sommes des psy-chiatres/chologues/chanalystes (sauf si y’en a qui me lisent auquel cas votre avis m’intéresse 🙂 ). On ne peut donc pas préjuger de la santé mentale des personnes autour de nous. Une personne ayant eu un trauma ancien, suivi depuis toujours et ayant réussi à le dépasser, peut malgré tout avoir une réaction, au mieux de léger malaise au pire de crise avec des stimuli qui peuvent sembler bénins.

Pour prendre un exemple volontairement différent mais explicite : un ancien militaire souffrant de SSPT peut revivre son trauma avec simplement une porte de voiture qui claque.

Le JDR permet une grande immersion, qui peut donc résonner de façon inattendue auprès de quelqu’un ayant des fragilités. Et soyons clairs, on NE PEUT PAS anticiper ça autour de soi, on ne connait pas les joueurs (a fortiori des inconnus) suffisamment pour être sûrs de leurs traumas. Parfois eux-mêmes peuvent être surpris par leur propre réaction face à un stimulus.

Pentes glissantes et hommes de paille

“A ce rythme on pourra bientôt plus parler de [insérer liste incroyablement longue de sujets divers et variés]”, “bientôt on devra aussi faire des parties sans gluten”, “ouais bientôt on subira 4 x-cards par partie” etc, etc.

On présuppose ici de conséquences énormes d’une pratique. C’est bien sûr absurde parce que l’utilisation de X-cards est faite pour faire face à une situation rare mais existante – et qui surtout peut avoir d’importantes conséquences.

En vrai, si vous mettez en place ce type d’outil, il ne servira très probablement jamais (et c’est tant mieux). Mais le jour où, cela permettra à la soirée de jeu de se conclure sans malaise. C’est tout, ni plus, ni moins. L’argument présuppose aussi qu’une partie de JDR finie prématurément signifie la fin de l’amusement. Bon, a priori le JDR se fait avec des gens qu’on apprécie, aussi je vous fait confiance pour trouver autre chose à faire, jouer à du J2S, jeux vidéos, ou juste discuter autour de chips .

Ce type d’argument vient notamment d’un mauvais exemple utilisé dans l’article cité plus haut, où un joueur en sevrage tabagique joue une carte quand un personnage fume. Il en découle les faux exemples comme quoi tout et n’importe quoi peut être utilisé comme prétexte pour une x-card.

Pourtant, si l’instigateur de la X-card dans la partie fait bien son boulot d’explication, elle ne sera jamais utilisée à mauvais escient. Les joueurs sont conscients que cette carte est puissante et son usage très spécifique, il faut simplement leur faire confiance.

Voilà pour la partie “contre”. Il y a d’autres arguments, notamment le sempiternel “cétémieuavant”, les parallèles avec l’écriture inclusive, le “point Mireille Dumas” (sérieusement ?) et les attaques personnelles.

Les çachangerientistes :

Vous l’aurez compris, je me place plutôt dans cette catégorie 😉

On trouve ici deux types d’arguments : la bienveillance et la continuité.

Bienveillance obséquieuse ?

L’argument de vouloir le bien des joueurs se tient, au risque parfois de paraître paternaliste et obséquieux. L’usage de ce type de carte serait donc un moyen de plus de surprotéger des joueurs qu’on voit comme de petites choses fragiles.

Bon, si ces outils sont bien amenés et utilisés, les joueurs ne se rendront même plus compte qu’ils les ont. En revanche, le jour où vous avez à votre table un-e joueur-euse susceptible d’avoir besoin d’une x-card, il ou elle sera rassuré-e par la simple présence de la carte, et si un déclencheur se présente, sera en confiance pour soit l’affronter, soit stopper là.

Pour moi, même dans un jeu d’horreur, le bien-être des joueurs est essentiel. La barrière entre joueur et personnage est peut être très solide mais jamais totalement étanche. Autant prévoir une carte qui ne servira à rien plutôt que de se retrouver avec un-e joueur-euse qui se sent mal voire pire en cours de partie.

Qu’est-ce que ça enlève au jeu ?

C’est la question qui me taraude le plus quant aux opposants farouches : qu’est ce que la présence d’une simple carte (que vous oublierez probablement dans les plis de votre fiche de perso) changera à votre façon de jouer ?

Dans les faits, à mon avis, la présence d’une x-card ne change absolument rien. Comme je l’ai dit plus tôt, en pas mal d’années de pratique, je n’ai été en présence de ce type de situations que deux fois, deux parties qui auraient pu s’arrêter (ou pas d’ailleurs) sur une x-card, c’est clairement négligeable. Mais j’en ai malheureusement gardé un souvenir pas top, mais quid des joueurs-euses concerné-és ? Elleux peuvent en avoir carrément un mauvais souvenir voire du ressentiment.

Au final, que dire ?

Du contrat tacite :

Lorsqu’on se lance dans une partie de JDR, la plupart du temps, un contrat tacite se lie entre les joueurs et le MJ. Si je vous fait jouer du Z-corps vous saurez a priori que des zombies seront dans les parages. Si cela vous pose un souci vous n’irez pas à ma table (déjà vécu), et il n’y a pas de soucis avec ça.

Les X-cards sont du même acabit, elles servent, à mon sens, surtout dans les cas où l’on recherche la surprise et la rupture de ton. Si je veux vous faire jouer un slasher et garder l’effet de surprise, je ne vais pas vous le dire avant. Or cela peut “piéger” des joueurs sensibles à certains thèmes (si vous jouez un remake de Délivrance, comme celui fourni dans Bimbo, je vous laisse imaginer quelles scènes peuvent choquer). La x-card permet de se prémunir de ça.

Le contrat peut aussi être plus explicite et dès le début dire de quoi on va parler. Cela peut être du spoiler, donc ce n’est pas toujours la meilleure solution, néanmoins je la trouve intéressante, lorsque le scénario ne repose pas sur des twists et des ruptures de ton.

Ça existe déjà !

Des dispositifs de protection des joueurs sensibles existent déjà, ils ne sont juste pas spécialement formalisés comme la X-card. Certains mettent en place ce que j’appelle la “règle SMS”, en gros si quelque chose ne va pas, la personne concernée envoie un texto discret au MJ. D’autres mettent des avertissements dans leur descriptifs de partie, interdisent leur tables aux mineurs, etc etc.

Ce qui “trigger” donc les anti X-cards (ironique non ?) c’est, je pense, la formalisation d’un tel outil et la “peur” de le voir s’intégrer à leur jeux préférer et ainsi les “dénaturer”. Hors, dans les faits, ils croisent déjà des “x-cards like”.

Irréconciliables :

Le fin mot de l’histoire est simple : on ne peut pas trancher le débat. Les deux pôles sont trop arc-boutés sur leurs positions (moi compris) et le sujet trop brûlant pour en faire quoi que ce soit de constructif pour l’instant.

En attendant, j’encourage ces pratiques et je pense qu’à terme elles vont se démocratiser sans se généraliser.

Si vous me lisez et que vous êtes concerné-e par l’usage de x-cards, guettez les mj qui les utilisent (ou d’autres outils de ce type). Si vous vous en battez les glaouis et bien allez y, la présence d’une X-card ne vous gênera pas et son absence non plus (on revient donc au fait que ça ne change rien au jeu).

Je conclurai donc sur deux citations :

Une de sagesse populaire

Ce qui va sans dire, va toujours mieux en le disant

Ensuite une tirée du blog Suck My Dice

Le JDR C’est comme la baise, […]avec le consentement c’est mieux

Pour aller plus loin :

Voilà pour ce sujet compliqué, je vous rappelle que vu à quel point sont irréconciliables ces points de vue, de bien vous relire avant de commenter.

Merci de m’avoir lu ! Et à très bientôt pour d’autres articles plus légers 🙂

Guillaume COEYMANS & Sarah GHANIMI

JDR et Cinéma : Action!

Aujourd’hui on accueille un nouveau contributeur ! Pierre va nous parler ici de sa vision cinématographique du JDR , Enjoy !

Bonjour à tous et à toutes, aujourd’hui, une nouvelle chronique sur les liens entre le jeu de rôle et le cinéma. Si celle-ci vous plait, il y aura des suites, des spin-offs et même des préquels. Bonne lecture !

Exposition

J’adore le cinéma, le bon le moins bon et parfois le franchement nul. Les films sont une inspiration constante, les décors, les intrigues, les personnages et surtout les scènes d’actions.

Peut être que votre parcours est très différent du mien (et si c’est le cas, s’il vous plaît, prenons le temps d’en discuter en commentaires) mais dans les jeux auxquels j’ai joué, les scènes d’action constituent le paroxysme de la séance. Je ne dis pas que ce sont les seules scènes importantes mais elles constituent des points clés, des tournants dans les scénarios.

Je sais qu’historiquement ce focus est un héritage du wargame mais les films hollywoodiens mettent aussi les scènes d’action en avant, les plaçant même comme “moneyshot” dans les bandes annonces. De la même façon, c’est souvent une scène d’action (ou ses prémices) qui est placée sur l’écran du MJ.

Très bel écran par Eclipse Phase
Joyeux fourre-tout pour l’écran d’HITOS
Un bon mexican stand-off pour Deadlands

Zoom sur le cinéma hollywoodien

Si on regarde plus précisément le cinéma d’action hollywoodien, on trouve une structure de scène similaire à celle des JDRs. Les protagonistes se préparent, on a une présentation de l’espace dans lequel vont se dérouler les faits , l’action se déroule et le focus de la caméra se déplace d’un protagoniste à l’autre.

Pour que la scène fonctionne dans un film ou dans un jdr, il faut deux choses : que le réalisateur (ou le MJ) nous fasse vraiment comprendre où on est, anticiper les possibilités tout en laissant des surprises crédibles et excitantes pour les protagonistes.

La lisibilité de la scène est parfois difficile au cinéma quand le réalisateur abuse de la “shaky cam” ou que le montage est si rapide qu’il en devient dangereux pour les épileptiques, mais le récit est linéaire et on finit par comprendre ce qu’il s’est passé.

Le risque lors d’une partie de jeu de rôle est la désynchronisation entre les imaginaires des joueurs et de leur compréhension de ce qui se passe. On a tous vu un PJ qui n’avait pas suivi tenter une action qui n’avait pas de sens et vouloir la changer à posteriori.

Mais ce que je reproche vraiment aux films américains, c’est que les héros sont intouchables. Le réalisateur passe son temps à nous mentir comme quoi ce n’est pas le cas, mais la “plot armor” est trop visible. Les héros ne risquent rien, ils tuent sans remords et à la chaîne. La scène dans ce cas là devient une scène d’action pour l’action, un “eye candy” gratuit et sans conséquence.

On est vraiment censés s’inquiéter pour eux ?

Il n’y a plus d’enjeux émotionnel. Or, assis autour d’une table, si on lance des dés pour lancer des dés, sans implication autre, on s’ennuie vite. J’étais en convention il n’y a pas longtemps et j’ai joué avec un joueur qui s’extasiait des bonus de son prétiré. Je ne comprends pas (ou plus) ce plaisir.

Si le cinéma hollywoodien n’offre pas un modèle correct, est-ce pour autant qu’on abandonne le cinéma comme source d’inspiration ? Évidemment non, par contre je suis allé voir ce que proposait le cinéma asiatique.

Not lost in translation

Le cinéma chinois est le premier vers lequel je me suis tourné. Les films de “wire-fu” tels que le secret des poignards volants étaient trop spécifiques et pas vraiment mon truc, je suis donc allé vers le cinéma de hong kong avec John Woo en tête.

L’action est stylisée, chorégraphiée, c’est très beau mais en jdr on n’a pas les images donc je vais me concentrer sur une troisième école, ma préférée: les thrillers sud-coréens des années 2000.

Cette vague de films comprend des chefs d’oeuvre tels que Old boy, The chaser et I saw the devil. Ces œuvres m’ont mis des claques cinématographiques et m’ont fait réévaluer complètement ce que je considère comme un bon film d’action ; et ça n’a rien à voir avec les explosions.

Désolé Michael, mais n’insiste pas….

L’arme du crime.

Pour l’exemple, je vais comparer deux films avec des scénarios similaires: une fille incapable de se défendre se fait enlever et un homme surqualifié et très violent vient la sauver. Dans chaque école, je prends Taken pour Hollywood et The man from nowhere pour Séoul.

Ce bon “vieux” Liam Neeson tire sur tout ce qui bouge, culminant à un impressionnant bodycount de 35. Les ennemis s’enchaînent, anonymes et inutiles. Le héros de The man from nowhere est loin d’être un pacifiste mais ses outils sont différents. Dans un pays où les armes à feu sont beaucoup plus rares, il privilégie les couteaux (et pas pour les bâtonnets de légumes destinés au houmous NDLR : spécialité du monsieur, inspirateur entre autres de cet article 😀 ). Cette simple différence d’équipement change toute la dynamique des combats. Ils deviennent plus longs, plus proches, plus sanglants et plus risqués. On s’inquiète pour le personnage et le film devient intéressant.

Des solutions ?

Ce qui suit est un retour d’expérience, je ne réinvente pas le champ contre-champ, et je vous conseille aussi la lecture de l’article de Guillaume sur l’horreur, plein de bonnes idées qui peuvent être utiles ici aussi.

Que ce soit en tant que joueur ou en tant que MJ, je suis un maniaque de l’inventaire donc je ne vous conseille pas de priver vos PJs de leurs jouets mais de rendre les rencontres dures, viscérales, importantes.

Le problème avec les feuilles de personnages et leur indication très claire de l’état des joueurs, c’est qu’ils savent à quoi s’en tenir ; ils calculent les risques. Je doute que quelqu’un qui prends un coup de couteau se dise “j’ai perdu un litre de sang, à ce rythme là, je ferai un choc hypovolémique dans 5 min seulement, tout va bien”

J’essaye donc de cacher ces informations aux PJs, c’est plus de travail mais ça vaut le coup.

Le vocabulaire change beaucoup les choses. Transformez vos descriptions en punchlines en jouant sur la sonorité des mots. Un petit échantillon: le staccato des balles qui claquent sur le mur, les shrapnels déchiquettent les armures, les lames glissent dans les chairs…

Combiné ça passe de ça: “le sniper te touche, 15 points de dégâts” à “tu sens un choc dans l’épaule, ta clavicule craque, l’omoplate résonne et ton sang éclabousse les murs”

Non Quentin, tu te détends

Même si Tarantino est un des réalisateurs les plus influents et les plus populaires, il tombe souvent dans l’excès de sang. Ces fontaines sont plus burlesques que dramatiques, hyper violentes mais drôles. Elles désamorceraient la tension qu’on essaye de monter.

En me plaçant à la limite du body horror, en privant les joueurs d’informations autres que sensorielles, je leur fait oublier que je veux qu’ils réussissent, quitte à tricher de temps en temps. En les poussant, en les faisant jouer vite, j’essaye d’enlever la composante intellectuelle, mathématique du jeu, quitte à sacrifier les règles. Tout ça pour toucher directement au cœur.

Scène post-générique

Autant de violence personnelle, est-ce raisonnable ou même souhaitable? Nous verrons ça ensemble, plus tard… En attendant, bon visionnage de films et gl hf pour vos parties de jdr.

N’hésitez pas dans les commentaires à me dire quels films vous inspirent, quels personnages ou scènes vous avez piquées, quel cinéma vous donne envie d’attraper vos dés ? Dites moi aussi quelles sont vos astuces pour rendre les scènes d’actions vraiment prenantes.

Mes 4 commandements du Joueur de JDR

Après avoir évoqué ICI les commandements du JDR plutôt orienté vers les MJ, place maintenant à ceux du PJ !

4 – Honnête tu seras

C’est à dire honnête ? Tout bêtement être en capacité de dire, en tant que joueur, à ton MJ ou à ton groupe si tu souhaites faire quelque chose de particulier ou si quelque chose ne te convient pas.

Si tu n’es pas à l’aise avec un style de jeu, une ambiance ou des thématiques il est très important de le dire. En effet, il arrive parfois qu’un joueur n’arrive pas a rentrer dans la partie à cause de ce type de problématiques.

C’est particulièrement vrai dans certains types de jeux ou d’univers pouvant toucher à des thématiques graves. Il m’est déjà arrivé lors d’une partie de Bimbo sur un scénario inspiré du film “Délivrance” de voir des joueurs mal à l’aise avec certaines scènes (si vous avez vu le film, vous savez de quoi je parle, sinon foncez, mais avec prudence, c’est un film très dur).

De façon plus légère, je suis personnellement mal à l’aise avec des personnages de brutes que j’ai du mal à jouer, aussi je n’hésite pas à demander à changer si besoin.

Aussi, dites à votre MJ ce que vous souhaitez ! Il y a toujours moyen de s’arranger 🙂

3 – Des propositions tu feras

Prolongement du point suivant, en tant que joueur il est important d’être force de proposition. Ce conseil s’adresse principalement aux néophytes : PROPOSEZ ! On voit souvent des débutants être timorés ou réservés au cours de leur parties.

Je comprend parfaitement car tout débutant dans n’importe quel milieu peut être impressionné, c’est même une des caractéristiques du débutant. Néanmoins, il ne faut pas hésiter à proposer des actions, des plans, des idées, etc… Rien n’est jamais farfelu ou nul, à tous les coups ça pourra faire avancer le groupe.

Et de toute façon dans un JDR il n’y a pas de notion de victoire, aussi il n’y a littéralement rien à perdre. Donc toute proposition est bonne à prendre.

Tant que les propositions se font en accord avec les autres points, c’est très agréable pour un MJ d’avoir un groupe qui est force de proposition.

2 – La situation tu accepteras

C’est un point plus subtil et je pense qu’à terme, il y aura un article complet sur le sujet. Contrairement à l’idée générale, je pense très sincèrement que le JDR n’est pas un monde ouvert et sans limites. Le rôle du MJ est, entre autres, de restreindre cette liberté afin que les joueurs restent dans le cadre de ce qui a été posé.

Ainsi, il est important en tant que joueur, d’accepter ce que propose le MJ et les autres joueurs. Pour illustrer, je vais me servir d’un exemple vécu lors d’une partie de Cyberpunk, ambiance huis clos étouffant avec risque de se faire démonter par la mafia locale.

Or l’un des joueurs (qui se reconnaîtra s’il me lit 😉 ) a décidé d’arpenter la maison dans laquelle nous étions enfermés en trimbalant un ruban rouge et en le faisant danser dans tous les sens. C’était complètement contraire à l’ambiance posée et a pu nuire à toute la partie. Autre exemple, plus classique, dans l’Appel de Cthulhu il faut accepter que, sauf mention contraire, nos personnages doivent être en mesure de voyager et accepter de poursuivre une quête pouvant les mener à la mort ou à la folie (mais j’en parlerais dans un autre article 😉 ).

Donc acceptez à bras ouverts les contraintes que l’on vous donne et vous verrez que votre jeu ne pourra en être que meilleur !

1 – Écouter avec attention tu devras

Numéro 1, le plus évident mais ça fait du bien de le rappeler. Écoutez ce qu’il se passe, tant au niveau du MJ que des autres PJ. Cela demande de l’attention et un effort certain, mais c’est important d’être dans une position d’écoute et de disponibilité maximale pour que tout se passe au mieux.

Ce n’est pas évident car nous sommes souvent entre amis donc la propension à digresser est énorme, surtout quand la partie commence à durer. Mais c’est pour moi un argument de plus vers des parties au format 4h, mais on en parlera plus tard 😉

Voilà pour ces 4 petits conseils, si certains viennent de l’improvisation théâtrale, ils auront peut être reconnus des points de convergence, c’est normal car je pense qu’il y a du bon à prendre de l’impro vers le JDR !

Merci de m’avoir lu et n’hésitez pas à partager cet article et à le commenter !

Guillaume COEYMANS 

Peut-on être public de JDR ?

Une phrase entendue souvent par les amateurs de JDR souhaitant initier des amie-e-s : “Nan mais je vais venir voir d’abord ! comme ça si ça me plaît je peut tenter après” . Du coup petit article sur pourquoi ça n’est pas possible : 

La barrière de l’imaginaire :

C’est un facteur important, parce que concrètement, en JDR on ne fait pas grand chose de très physique: on est assis autour d’une table avec des crayons, des dés et on parle.

Du coup objectivement, c’est pas vraiment passionnant à regarder. Tout se passe dans nos têtes et dans la représentation collective que nous arrivons à mettre en place par l’addition de nos imaginaires. C’est l’essentiel : l’implication, le JDR demande beaucoup d’implication pour profiter a fond du plaisir du jeu.

Une grosse partie de l’implication vient aussi de l’explication et l’application du système et de l’univers de jeu. C’est à dire qu’en jouant, on participe à l’immersion dans l’univers. Un jeu très orienté action par ses règles donnera un scénario totalement différent que le même scénar’ avec des règles beaucoup plus orientées investigation. Si vous n’êtes pas impliqué dans le jeu, au final vous ne voyez qu’une part de ce qui se passe.

Aussi, rester à coté d’un tel groupe est forcément une forme de mise à l’écart et en vrai, vous risquez de vous ennuyer ferme à regarder des gens papoter pendant 4h.

Argument de plus car une partie de JDR étant toujours assez longue comparée aux loisirs ludiques classiques, l’ennui pour un spectateur non-impliqué peut se faire plus grand encore.

La barrière sociale :

Plus subtile, c’est aussi une barrière intrinsèque au JDR qui est bien plus proche du social que du jeu. En effet, si on se met à la place de quelqu’un qui n’y connait rien à l’univers JDR, il faut avouer que ça ne fait pas envie au premier abord. Plantons le décor :

  • “Hey, ça te dis de tester du JDR avec Jean-Michel et Jacky ?
  • Ouais ça consiste en quoi ?
  • Et bien en gros c’est un jeu ou on vit des aventures, par exemple dans le monde du seigneur des anneaux
  • Ah, pourquoi pas, on fait ça quand ?
  • Samedi prochain, de 14 à 23h ?
  • …”

Avouez, c’est du vécu non ?

Voilà l’un des premiers éléments : découvrir un loisir en commençant par s’enfermer 8h dans une pièce avec 3 inconnus pour jouer à un jeu qu’on ne connait pas et qui ne nous plaira peut être pas.

Et je ne parle même pas du cas des femmes qui sont au mieux sous-représentées, au pire carrément discriminées (si si, regardez ICI, LA ou LA). On peut donc comprendre que venir s’asseoir à une table de mecs inconnus pendant toute une nuit, ça peut rebuter.

Mais alors, que faire ?

Oui, que faire ? Après tout le JDR, nous, on le sait que c’est bien ! Que c’est même génial ! Alors voici quelques pistes de réflexion pour aller plus loin :

Les conventions : incontournables

Je l’ai déjà évoqué dans mon article sur les conventions : pour amener vos amis dans le monde du JDR, les conventions sont les MEILLEURES SOLUTIONS tout simplement. Le cadre public est beaucoup plus sécurisant, il y a des stands à explorer, de la bière à boire, des gens à rencontrer etc. Du point de vue ludique, les parties sont souvent courtes et comprennent la présentation de l’univers et des règles, ce qui permet à tout le monde de partir du même niveau.

C’est à mon avis le meilleur moyen de mettre un pied dans l’univers du JDR avant de se mettre aux formats plus “classiques” dans un cadre privé.

Adapter les parties :

Ça me paraît une évidence mais de ce que j’ai vu et entendu, ce n’est pas le cas pour tout le monde. Lorsqu’on accueille un nouveau joueur, il est nécessaire d’avoir prévu un scénario pour l’occasion (j’ai personnellement 2-3 scénarios d’initiations issus du commerce ou de ma plume pour ces situations).

Typiquement, il ne faut surtout pas inclure un débutant en cours de partie ou de campagne. C’est le meilleur moyen de perdre le néophyte et de lui laisser une mauvaise image de ce loisir. Oui, pour vos vieux briscards de potes, c’est peut être un peu relou mais ils sauront faire avec, et leur faire réviser les bases ne leur fera peut être pas de mal.

De même, un débutant demande plus d’attention de la part du MJ. Il est important de solliciter le joueur plus souvent que les rôlistes expérimentés. Pourquoi ? Car le débutant n’aura pas forcément les automatisme, aura peur de “mal faire” ou sera intimidé par les joueurs avec de la bouteille qui monopoliseront le jeu. C’est au MJ de gérer cela pour que tout se passe au mieux.

Je ne suis pas forcément pour une simplification des règles à cette occasion mais ça peut être une variable à ajuster pour que tout se passe au mieux.

 Présenter le loisir :

Souvent, on a un souci de définition du JDR. Certains parlent de jeu de société amélioré, d’autres de théâtre… et il y’a encore d’autres appellations. Je n’ai pas vraiment de définition précise, même si j’ai tenté dans cet article. Il revient aussi parfois la formule “le meilleur moyen de comprendre c’est d’essayer !”, mais on voit bien que cette explication se mord la queue.

Comment faire donc ? Ce qui marche bien en général c’est les analogies “Oui tu sais façon Donjons & Dragons” car c’est relativement connu, mais ça suppose que la personne connaisse déjà. Tout comme faire référence aux émissions du Joueur du Grenier “Aventures” qui permettent de se faire une idée.

Et bien c’est là que le bât blesse et où je me dois de vous avouer que je sèche. Aussi je fais appel à vous pour me donner vos astuces en commentaire !

Merci de m’avoir lu et à très bientôt !

Guillaume COEYMANS

Pourquoi vous ne ferez jamais peur à vos joueurs pendant un JDR :

Cet article m’est venu suite à mon expérience de MJ dans des JDR “d’horreur” mais aussi suite à la lecture d’articles de l’excellent Johan Scipion (auteur du tout aussi bon Sombre) sur la peur dans le JDR. Je vais essayer d’apporter ma vision de la peur dans le jeu. Enjoy ! 

Aux origines de la peur :

“The oldest and strongest emotion of mankind is fear, and the oldest and strongest kind of fear is fear of the unknown” H.P. Lovecraft

La peur est une des émotions fondamentales de l’humain, à l’instar de la joie, la colère et la tristesse. Elles sont, de mon point de vue, les plus “brutes” et les moins nuancées, mais aussi les plus fortes.

La peur est une réaction de survie permettant à un animal de sauvegarder son intégrité physique ainsi que celle de sa progéniture. Biologiquement, elle se traduit par une activation de l’amygdale. Cette émotion instinctive et incontrôlable est très ancienne dans le règne animal et est un des facteurs qui nous a permis d’évoluer jusqu’à ce que nous sommes de nos jours.

Elle est parfois associée à une sensation de mort imminente (un bruit terrible à quelques centimètres de vous risque probablement d’être un danger mortel). La peur peut être aussi plus violente et plus profonde : c’est la “terreur”, le stade au dessus qui peut paralyser un individu et l’empêcher d’agir. Il n’y a qu’à voir l’incroyable cas des “terreurs noctures”  pour comprendre la terrible brutalité de cette émotion.

De nos jours, il y a plusieurs choses que l’on regroupe sous le terme “peur”, notamment la mode des films à “jumpscares” les films d’épouvantes, les “creepy pastas” etc.

Cf la vidéo du Fossoyeur de Film focalisée sur le cinéma, mais qui explique bien ce que je veux dire.

Il y a donc plusieurs “peurs” différentes. Personnellement, j’en dégage deux : la peur immédiate et la peur viscérale, ce que je vais développer juste ici :

La peur immédiate

C’est le sursaut, le jumpscare, cette porte qui claque dans le silence. Celle-ci est immédiate, notre réaction tient du réflexe, on sursaute, on crie ou toute autre réaction épidermique. C’est aussi, pour moi, l’instant de peur fugace qu’on ressent lorsqu’on attend un coup de fil important, cette sensation qui monte et qui se dissipe une fois l’appel pris.

C’est là qu’on voit aussi les réactions “combat-fuite” des individus : lors de ce micro-instant où le corps choisi de fuir ou de se battre, on peut voir ceux qui vont sauter sur le tueur au masque et ceux qui vont courir vers la porte.

Ce type de peur est réalisable en JDR via des effets de manche, en claquant un livre ou avec un complice qui surprend un joueur d’un coup. Mais elle est principalement source de stress et d’inconfort plus qu’un élément de jeu. Nous en reparlerons plus loin.

La peur viscérale

Fear
Ne me dites pas que vous marcheriez pas un peu trop vite dans un couloir comme ça 😉

C’est celle qui prend aux tripes, celle qui dure dans le temps. Mieux encore, c’est celle qui vous renvoie à vos angoisses profondes et enfantines. C’est cette sensation que quelque chose va vous saisir la jambe dans la nuit noire, celle qui vous fait monter les escaliers de la cave un peu plus vite qu’il ne faudrait.

Cela peut aussi être l’état d’angoisse irrationnelle d’un phobique face à sa phobie, ou simplement à l’évocation de l’objet de la phobie. L’exemple de cette peur que je préfère (enfin, que je trouve le plus intéressant hein) est celui de la peur diffuse, constante, comme un danger permanent qui guette dans l’ombre.

Demandez aux personnes qui ont vécu le siège d’une ville, lisez le témoignage d’ex-otages, c’est la peur permanente qu’ils décrivent qui est cette peur viscérale et omniprésente.

La peur en JDR :

La peur n’existe pas en JDR

Voilà, tout est dit merci de m’avoir lu et à bientôt !

Hum, soyons plus précis : à part faire sursauter les joueurs avec des effets hors-jeu (voir plus haut), vous ne ferez jamais ressentir une peur viscérale à vos joueurs. J’ai envie de dire, “encore heureux” ! Car le but est encore de jouer et de passer un bon moment ensemble, pas d’avoir peur pour sa vie. Il est donc contre-productif de chercher à faire peur à ses joueurs pour le simple bon déroulement du jeu.

Je reprend donc plutôt le concept de Johan Scipion, c’est à dire qu’on fera ressentir une “tension horrifique” plutôt qu’une peur. Les joueurs doivent être conscients que ce qu’il y a derrière la porte close est un réel danger pouvant menacer l’intégrité physique et mentale de leur personnage.

Car oui, ce n’est pas les joueurs qui auront peur, mais bel et bien leurs avatars. Il faut donc être en capacité de transmettre cette tension du personnage vers les joueurs afin que ceux-ci vivent pleinement le moment de peur que vous faites vivre aux personnages.

Comment faire sentir cette tension aux joueurs ?

Pour cela plusieurs moyens et mécaniques différentes :

Les personnages : vecteurs d’émotions

C’est pour moi l’un des éléments majeurs pour créer une vraie tension et de vraies sensations de jeu. L’une des solutions pour cela est de passer par une vraie séance de création de personnages (nous reviendrons juste après sur le cas des personnages pré-tirés). Il ne faut pas négliger cette étape, et guider vos joueurs vers des personnages dans lesquels ils peuvent se projeter. L’idée n’est pas d’avoir des personnages clones des joueurs mais des personnages investis par ceux-ci.

Plus les joueurs se seront attachés à leurs personnages en les créant, plus les émotions se transféreront de l’un à l’autre. Lorsque vous avez passé une heure à créer et densifier votre personnage, vous réfléchirez un peu avant d’ouvrir cette porte derrière laquelle d’étranges grattements se font entendre.

Le cas des pré-tirés : Dans ce cas, c’est le rôle du MJ de créer des personnages suffisamment épais pour permettre une identification, mais suffisamment larges pour que n’importe qui puisse s’y projeter. Pour cela, le mieux est de pouvoir écrire une partie “personnelle” du joueur, sa façon de penser, son ressenti, etc.

Le MJ, maître de l’horreur :

C’est effectivement au MJ d’être en mesure de créer une situation de tension horrifique. Cela passe par une bonne mise en situation et un certain talent de storytelling, d’être capable de bien raconter une histoire. Pour cela, pas de mystère, il faut recourir  à des artifices classiques : musique, ambiance lumineuse, calme et silence.

Il est nécessaire aussi d’avoir pu préparer ses effets et de doser dans le bon timing les bons éléments. C’est pour ça qu’il est important d’être en capacité de diriger les joueurs et de faire de belles descriptions. En effet, pour moi, la tension horrifique dans un jeu est quasiment incompatible avec un jeu très ouvert. Il faut être conscient de cette limite, qui n’est pas “imposer le jeu aux joueurs” mais poser un cadre strict pour créer la tension. Par exemple, dans une maison hantée, personne ne doit être autorisé à avoir des grenades à main sauf cas très particulier, c’est au MJ d’imposer cela. Tout comme imposer le huis clos. Où irait le scénario si les PJ, voyant la maison hantée, se disent “bon bah on va au Formule 1 en fait hein” et que le MJ laisse faire ?

Une bonne technique pour éviter pas mal d’écueils du genre est de faire un démarrage de scénario “In medias res” (littéralement “au milieu des choses”), c’est à dire de lancer directement l’histoire au milieu de celle-ci. Au lieu de “le mystérieux vieillard vous indique le cimetière que vous devez nettoyer, que faites vous ?” partez plutôt sur “Vous êtes dans un vieux cimetière, un commanditaire vous a envoyé ici pour nettoyer le lieu”.

Les joueurs, clés de l’horreur :

Si le MJ est l’architecte de l’horreur, les Joueurs en sont les briques élémentaires. En tant que joueur, il faut savoir “rentrer” dans l’univers projeté par le MJ et s’impliquer dans la situation.

Il est important pour cela que vous vous soyez impliqué dans votre personnage, comme vu auparavant, mais n’hésitez pas à broder votre personnage en cours de partie, à lui inventer histoire et anecdotes pour lui donner de l’épaisseur.

Impliquez vous aussi dans l’horreur et limitez le hors-RP pour être le plus en phase avec l’histoire qui vous est proposée.

Boite à outils :

Voici quelques ficelles que j’utilise pour faire “peur” à mes joueurs. Il n’y a rien de spécialement original ni d’incroyable mais je pense que le partage d’astuces est utile à tous !

Le coup de semonce :

Délicat à utiliser car il peut “chafouiner” les joueurs. Il s’agit de poser brutalement que nous sommes dans une situation dangereuse, où les joueurs peuvent mourir. Ici, ils ne sont pas les boss, pas des héros, pas des niveaux 50 prêts à dézinguer du gnoll.

Typiquement, il s’agit de poser une confrontation (ennemi, piège, etc) dans laquelle les joueurs vont être sérieusement blessés et où le risque de mort du personnage est réel. Le mieux est de placer la confrontation dès le début de la partie pour poser le contexte.

Quand je dis que cela peut gêner les joueurs, c’est que certains n’aiment pas se sentir faibles, ou n’ont pas l’habitude de ce type de danger. Pour la petite histoire, je me rappelle d’une partie de D&D (3,5) où j’étais joueur. Nous explorions un donjon, et d’un coup, le guerrier décide de se mettre à sprinter dans les couloirs. Devant nos airs surpris, le MJ demande “es-tu sûr ?” “Oui” répondit-il. Arriva ce qu’il devait arriver, un piège se déclenche, tuant le personnage, sans possibilité de sauvegarde. En effet, le donjon est une belle situation de tension et la punition immédiate a fait réfléchir les joueurs pour la suite. Par contre, le guerrier a boudé tout du long de la partie. C’est compréhensible et indique bien que le coup de semonce doit être bien dosé et bien ciblé.

La rupture de ton :

Compliquée à mettre en place mais à l’efficacité redoutable, il s’agit ici de ne pas indiquer aux joueurs qu’ils jouent à un jeu spécialement horrifique, de lancer le scénario tranquillement et de faire surgir l’horreur brutalement au sein du scénario.

La rupture de ton demande un gros travail d’écriture pour préparer la rupture mais si celle-ci s’opère bien, le choc peut être réel pour les joueurs et lancer un scénario mémorable.

La bascule

Petite sœur de la rupture de ton, la “bascule” fait, comme son nom l’indique, basculer le scénario dans l’horreur. Il s’agit de créer un moment, un instant ou un scénario ordinaire bascule dans l’horreur.

C’est typiquement le cas dans des Slashers, c’est le moment ou les rednecks cannibales consanguins font leur première victime, ou le tueur frappe pour la première fois, rompant la quiétude et l’insouciance des personnages.

Contrairement à la rupture de ton, la bascule est plus directe et plus “actionnelle”. La rupture de ton est plutôt dans l’ambiance, dans le style de jeu, là ou la bascule est un événement précis.

 Le désamorçage :

J’aime bien celui-là, c’est un classique mais il fait toujours son effet. Il s’agit de faire monter la tension autour d’un élément focus, une porte, un coffre quelque chose comme ça. Il faut appuyer sur cet objet pour faire en sorte que toute l’attention des joueurs soit concentrée sur cet élément, cette boite dont un diable va forcément sortir. Mais au final, c’est le pétard mouillé, juste un rat qui passait par là, un courant d’air… Bref, pas grand chose. Si vous le faites bien, vos joueurs vont pousser un soupir de soulagement, voire un rire nerveux. Idéal pour placer l’effet suivant :

Le contre-pied :

C’est au delà de la surprise que se place cet effet. C’est prendre les joueurs au moment où il s’y attendent le moins, où ils sont sûrs d’être en sécurité. Par exemple, au moment où ils sont sûrs que ce n’était qu’un rat, faire surgir le vrai danger.

Un effet que j’avais fait passer (dans une partie de l’Appel de Cthulhu) et qui avait bien fonctionné : les joueurs ont élaboré un plan solide pour assassiner un grand méchant en Égypte (ils ignoraient qu’il était mage). Arrivés dans son dos, en pleine nuit, alors qu’il était dans son bureau, ils sont parfaitement sûrs de leur coup. Au moment de frapper, le bouclier magique du boss s’est activé, les joueurs, surpris, n’ont su que faire. Double effet kiss cool, son chat était un démon garde du corps.

On a dans ce cas, une bascule ainsi qu’un contre-pied, ce qui s’est avéré dévastateur.

Voilà pour cet article au sujet de la peur. Il n’est pas complet bien entendu et ne représente que mon avis ! N’hésitez pas à mettre en commentaire vos astuces et votre réflexion sur la peur en JDR !

Guillaume COEYMANS.

 

Mes 5 bonnes raisons de faire des conventions JDR

Bonjour à tous, y’avait longtemps hein ? Des obligations professionnelles m’ont tenues éloignées de mon blog mais je suis de retour ! 

Si j’ai voulu écrire à ce sujet c’est parce que je me suis rendu compte que beaucoup de rôlistes ne faisaient pas ou peu de conventions ou à l’inverse, ne faisaient que ça. Après une période de diète de conventions, je suis retourné dans plusieurs d’entre elles récemment, l’occasion de faire le point sur ce type d’évènement. Bien entendu, je ne parle ici que de ma propre expérience, chaque ville, chaque “territoire” ayant ses propres spécificités. 

5 : C’est l’occasion de rencontrer d’autres rôlistes

Bien évidemment, c’est d’abord pour cela qu’on y va, croiser d’autres joueurs que l’on n’a pas vu depuis un moment ou qui viennent de loin. Grâce à cela on peut développer des points de vue intéressants sur les différents jeux proposés, l’actualité rôlistique, trouver des GNistes qui écument en partie ces endroits.

Bien entendu comme tout lieu social c’est aussi une bonne occasion de boire une bière bon marché avec des potes, et ça, c’est précieux.

4 : C’est l’occasion de rencontrer des professionnels

Rolistiloutre
La Loutre Rôliste, une boutique qu’elle est bien

Par professionnels, j’entends tous les corps de métiers liés au JDR, de l’auteur au graphiste en passant par le vendeur de goodies, etc etc. C’est quelque chose qui s’avère étonnamment riche par plusieurs aspects. Déjà on se rend compte que oui, on peut vivre du JDR (ce n’est pas évident bien entendu, mais c’est possible).

L’une des facettes que je trouve passionnante dans ces rencontres c’est de pouvoir jouer à certains jeux avec leurs auteurs. C’est une expérience assez enrichissante car elle permet une vision “pure” du jeu, telle que l’a vue l’auteur et qui peu différer de  ce qui a été proposé avant. Le cas des Martian Bimbo Awards a été pour moi une belle occasion de jouer à un jeu atypique avec celui qui l’avait conçu.

Cela n’est possible quasiment que dans ce type d’évènement, a moins d’avoir un auteur disponible qui habite dans le secteur. Bien entendu, je ne parle pas ici des jeux amateurs (j’y consacrerais d’ailleurs un article complet très bientôt, si si promis)

3 : Faire vivre le milieu associatif

Je l’ai un peu évoqué dans mes anciens articles mais les associations de JDR font partie de l’univers rôliste de façon essentielle. La plupart d’entre elles dans mon entourage organisent des conventions, une à deux fois l’an. C’est pour elles un point d’orgue, tant pour la vie culturelle que pour leurs finances. Ces conventions sont de réels moteurs de visibilité et de volonté pour l’année. Y aller, payer un droit d’entrée et dépenser à la buvette, en plus de simplement être présent, est un excellent moyen de les soutenir, y compris celles dont vous ne faites pas partie. Comme le point 5, c’est un bon moyen de rencontrer les différentes assos et faire vivre le paysage rôlistique.

2 : Les nouveaux

Lorsqu’on souhaite initier quelqu’un au JDR, cela passe souvent par un passage en convention. En effet, loin de la soirée chez un inconnu, enfermés avec d’autres inconnus pour des heures et des heures sans connaître rien à l’univers, la convention permet dans un cadre ouvert et propice à la découverte, de s’initier en douceur.

Les quelques fois ou j’ai masterisé en convention, ça a été pour moi un réel bonheur de voir arriver des gens qui n’avaient jamais touché à un JDR de leur vie, pour qui un dé à plus de 6 faces était inconnu et qui ne savaient même pas qu’on pouvait avoir peur en jouant et aimer ça (teaser d’un prochain article ? Peut être 😉 ).

J2S
C’est du J2S mais l’idée y est !

Mais surtout c’est la fraîcheur de ces joueurs qui est un vrai plaisir. Ils n’ont pas les automatismes prévisibles d’un joueur expérimenté et sont aptes à vous surprendre et à surprendre le groupe de façon totalement inattendue.

Si vous n’avez jamais joué à un JDR, guettez les conventions autour de vous ! C’est, je pense, le meilleur moyen de vous initier.

1 : Sortir de sa zone de confort

C’est LE point que je trouve essentiel dans le fait d’aller dans des conventions. Lorsqu’on est rôliste, on a tendance à rester dans sa zone d’habitude, on fait tourner les mêmes jeux, on joue avec les mêmes gens et au final on ne prend pas beaucoup de risques. Les conventions sont l’occasion majeure de faire voler ces habitudes en éclats.

Avec mes deux comparses rôlistes (qui se reconnaîtront, big up) réguliers en convention, on joue peu souvent ensemble pour, justement, découvrir d’autres horizons. On peut vraiment avoir de belles surprises en tentant un autre système de fonctionnement, d’autres MJ et d’autres jeux qu’on n’aurait jamais tenté.
Il m’est ainsi arrivé de jouer à un JDR sur les Chevaliers du Zodiaque (univers qui m’est totalement inconnu et indifférent) et d’adorer ! Je n’y serais jamais allé spontanément, mais la convention a été un moyen de tenter quelque chose d’inconnu.

Tout aussi important aussi : jouer avec des gens qu’on ne connaît pas. Cela permet, déjà, d’être plus immergé dans le RP et l’univers. Pourquoi ? Parce qu’on connait pas ou peu les autres joueurs, du coup pas de private jokes, pas de choses à raconter, rien, si ce n’est le jeu qu’on est en train de jouer.  C’est donc plus simple de s’immerger dans le jeu.

Voilà pour ces quelques points, et il y en a bien d’autres ! Dédicace aux copains de Troll Me Tender, l’EDIL et l’ASCPA les Griffons pour leurs super convs’ cette année ! Je ferais peut être des comptes-rendus de convention de temps en temps.

N’hésitez pas à commenter avec ce que vous avez trouvé en convention et partager cet article ! Et je vous dis à très bientôt 🙂

Guillaume COEYMANS 

Suite et Fin : Etude : Les rôlistes et les nouvelles technologies

Bonjour à tous,

Dur de reprendre la plume après tant de temps, mais rassurez vous, ça va reprendre à un meilleur rythme !

Je vous ai pas mal parlé de cette étude sur le JDR et notamment sur le fait que j’allais la publier ici. Bon et bien pour être direct, cela ne se fera pas. Pourquoi ? Pour faire faire bref et surtout car l’affaire est compliquée, à cause d’un désaccord majeur avec ma directrice de mémoire. Ce désaccord est strictement professionnel (c’est une personne que j’apprécie et estime) et je ne souhaite pas m’étendre dessus.

J’en suis le premier désolé et j’espère trouver un moyen de contourner le problème dans les temps à venir. En attendant n’hésitez pas à venir parler du sujet sur les réseaux ou en vrai pour ceux qui le souhaitent  😉

A très (très) bientôt pour de nouvelles aventures et de nouveaux contenus !

Guillaume Coeymans 

Etude : les rôlistes et les nouvelles technologies

Il est temps de parler serious business maintenant. J’ai créé ce  blog d’abord par plaisir, mais aussi pour mes études. Je prépare un mémoire de recherche sur les rôlistes et les nouvelles technologies. C’est donc le moment d’attaquer sérieusement les choses.

Je vous présente donc l’étude en quelques mots : je m’intéresse à l’arrivée des nouvelles technologies dans l’univers du jeu de rôles.

Une étude originale :

Il s’agit, à ma connaissance, d’une des seules études qui s’intéressent à ce que font les rôlistes et non à ce qu’ils sont. Cette différence est fondamentale : il ne s’agit pas de savoir le fameux “Mais qui sont les rôlistes ?” (rabâché depuis des années) mais bien de prendre pour fait établi que les rôlistes existent et qu’ils sont un groupe social à part entière.

La question est donc de savoir maintenant que font-ils ? comment évoluent-ils ? quelles sont les perspectives face aux nouvelles technologies ? etc. …

Une étude participative

Et oui ! J’ai besoin de vous, je vais vous faire travailler 🙂 En effet, la documentation sur les rôlistes reste assez faible en Europe. De toute façon, je ne conçois pas un travail comme celui là sans faire appel à vous pour avoir les données les plus fiables possibles. Pour participer, plusieurs façons de faire :

  • Un questionnaire. Cela me permet d’avoir une vue d’ensemble de la population rôliste.
  • Des rencontres plus approfondies avec des rôlistes de tout bords.
  • Enfin, une enquête de terrain avec une observation en direct des habitudes des rôlistes.

N’hésitez pas à remplir le questionnaire juste : ICI

Ainsi l’étude se veut la plus complète possible. Pour la rendre encore plus solide et légitime, j’ai besoin de vous pour répondre au questionnaire et surtout le partager et le diffuser autour de vous ! Je vous en serais très reconnaissant, et vous aurez ma gratitude éternelle (c’est plus pratique et moins cher que de vous offrir un verre à tous 😉 ) !

Guillaume Coeymans