Toboggan et Bac à sable

Aujourd’hui, comme c’est les vacances, je vous propose de parler de ces deux attractions 😀 Non en vrai on va parler de deux façons de voir le JDR et les jeux narratifs en général !

Préambule :

Avant de commencer, je voudrai clarifier quelque chose dès le départ.

Comme souvent, il ne s’agit pas ici de deux pôles absolus, uniques et binaires mais plutôt d’un curseur que l’on place entre ces deux extrêmes. Comme aucun jeu n’est 100% narrativiste, ludiste ou gamiste, aucun jeu n’est 100% toboggan ou bac à sable.

Il faut voir ces différences comme une forme de carte de positionnement 3D avec en X, en Y et en Z ces différents axes.

Au cours de la même partie on peut très bien osciller de l’un à l’autre en fonction du contexte.

Enfin bien sûr : la haine primaire d’un pôle ou d’un autre n’a aucun intérêt…

Toboggans, on embarque !

Un JDR toboggan est un jeu où l’on fonce dans une aventure assez linéaire dont on ne peut pas (ou alors assez peu) s’écarter. C’est un peu le principe du train fantôme. On embarque et c’est parti.

Le MJ dans ce genre de parties est seul maître à bord et opère un contrôle assez fort sur les évènements. Il ou elle veut que vous fassiez quelque chose, il vous amène d’un point A à un point B.

Un bon toboggan est mené par un MJ solide qui a préparé ses effets, ses rencontres et chaque possibilité avec soin et précision. Généralement, il ou elle a tout préparé à froid (musiques, illustrations, dialogues) avec minutie, a bêta-testé son scénario, l’a revu et corrigé.

Toboggan de JDR !
Alors oui y’a des sensations fortes, des revirements, de la vitesse, mais pas de déviation 😉

Il a aussi été borné temporellement et scénaristiquement. Le scénario commence ici et finit là, pour une durée prédéfinie. Il a une fin définitive après laquelle rien n’est prévu.

Ainsi, un tel scénario vous fera vivre (normalement) une belle histoire maîtrisée et intense. Vous y serez, en tant que joueurs, moins sollicités, mais vous avez pour vous de vivre à fond la proposition qui vous est faite.

Avantages et Inconvénients :

Avantages :

  • Une histoire forte et maîtrisée
  • Une cohérence à toute épreuve
  • Une ambiance assurée

Inconvénients :

  • Un côté “couloir” , de manque de liberté
  • Le risque d’avoir un MJ insuffisamment préparé ou au contraire démiurgique et tyrannique
  • Une implication moins forte si on ne rentre pas dans le délire

Tu viens jouer dans le bac à sable ?

Tiens d’ailleurs vous pouvez aller voir un article connexe sur les mondes ouverts 😉

Vous êtes probablement bien plus familier avec le principe des bacs à sable qu’avec les toboggans. L’idée du bac à sable est relativement transparente : le maître du jeu vous propose un bac à sable, un espace ouvert (plus ou moins délimité) dans lequel vous êtes libres de vous déplacer, de construire et de créer.

Il faut un peu de travail en amont de la part du MJ pour préparer le setting et maîtriser le système de jeu. Puis une fois la partie lancée, le MJ n’a pas grand chose à préparer et à faire.

Il est désormais dans le pur rôle d’interface entre le monde et les joueurs. Cela demande de la part des joueurs un talent de proactivité certain, qui doit être explicité au début de la partie. Le MJ est aussi animateur, dans le sens où il doit stimuler les joueurs si ceux-ci perdent un peu d’énergie ou ne rentrent pas rapidement dans le jeu.

L’immersion passe ici par la capacité des joueurs à sentir l’univers et à celle du MJ à le rendre tangible, à la capacité qu’ils ont de faire quelque chose qui influe sur l’univers de façon réelle.

Ce type de jeux repose aussi sur une certaine part d’improvisation. Les histoires, d’un point de vue purement narratif, peuvent être un peu plus fragiles. Forcément, le scénario, l’histoire ou le donjon sont parfois inventés à la volée à l’aide de tables aléatoires et de discussion avec le groupe.

Alors oui c’est pas hyper joli ni hyper fignolé, mais c’est MON château et on va y vivre une belle aventure inventée 😀

De fait, un bac à sable n’a pas de durée, pas de bornes (ou alors elles sont très très larges) autres que l’imagination et les objectifs que se fixe le groupe.

La puissance des parties et de l’histoire vient donc de l’implication des joueurs et de leur capacité à se projeter.

Avantages et inconvénients

Avantages :

  • Un grand sentiment de liberté pour le groupe
  • Une souplesse à toute épreuve
  • La sensation d’avoir une prise sur le monde

Inconvénients :

  • Des “scénarios” plus fragiles narrativement
  • Certains groupes peuvent ne pas être proactifs
  • Demande une certaine préparation en amont pouvant être rébarbative

Conclusion :

Il y a beaucoup à dire encore sur ces deux systèmes que je vous propose ici succinctement. N’hésitez pas du coup à me dire en commentaire ce que vous, vous pensez de cette approche.

J’espère aussi que cet article vous aura plu ! Partagez le sans modération 🙂 C’est aussi ça qui fait vivre le blog 😉

Guillaume COEYMANS

Le contrat de table : une révolution ?

Article qui me traîne en tête depuis longtemps, mais comme vous l’avez vu, on est peu actifs ces temps-ci par manque de temps principalement. Mais nous revoilà ! Avec peut être ce qui peut clouer le bec à tous et toutes, en toute modestie bien entendu.

Un concept simple :

Comme son nom l’indique, le contrat de table est un accord que vous mettez en place entre les gens qui participent à votre table de jeu.

Cet accord vise simplement à expliciter le style de jeu et les conditions dans lesquelles vous souhaitez que la partie se déroule. Cela avant même le début de la partie.

Ainsi chacun et chacune sait où l’on va, et l’on est sûr d’avoir un groupe en phase avec l’ambiance et le style de la partie.

A quoi ça sert ?

Avoir un contrat de table explicite s’inscrit dans la mouvance actuelle qui remet le joueur au centre du loisir. A l’instar des PBTA, des jeux à fonction de MJ diluée, sans dés, etc., le MJ n’est plus forcément le seul maître à bord (après Gary) : la responsabilité est partagée entre les participants et participantes.

Avec un contrat de table, vous ne prenez pas vos joueurs et joueuses par surprise.

L’idée bien sûr n’est pas de “spoiler” votre scénario mais simplement de parler de votre vision de la partie à venir.

Ainsi vous serez à même d’attirer ceux qui sont intéressés par vos thématiques et celles et ceux qui ne sont pas du tout “dedans” passeront leur chemin. Idéal pour avoir un bon groupe.

Tous d'accord pour le contrat
La vie est simple comme des gens d’accord

Là où ça peut être très utile, par exemple, c’est lors d’une convention. On a souvent le descriptif d’une partie, avec le nom du jeu et un synopsis. C’est chouette mais souvent peu suffisant. Car vous le savez, avec le JDR on peut tout faire. Du coup quand on vous dit :

“Tridents et Wyrms, MJ : Jean-Miche, Synopsis : Vous êtes des aventuriers qui vont à la recherche d’un trésor perdu.”

Bon, pourquoi pas, mais en vrai on ne sait rien de la partie qui va se dérouler. C’est là qu’intervient le contrat de table. Rajoutez à cette description simplement : “Aventure, simulation, combats violents. Attention : on joue by the book”

On a déjà une meilleure vision de ce qui nous attend. On peut même aller plus loin en ajoutant “Univers medfan classique, possibilité de violences psychologiques fortes”.

Là on est bien. Si cela vous est égal, vous pouvez aller jouer sans inquiétude. Si vous êtes sensible à l’une des thématiques (perso du medfan By the Book, je fuis), vous passez votre chemin. Enfin si vous n’êtes pas encore décidé, vous pouvez toujours aller en parler avec le MJ.

Notons qu’ici il n’y a pas de spoiler !

C’est donc ça qui est pratique avec un contrat “écrit”, c’est un filtre pour vous permettre de constituer une équipe qui sait où elle va.

Un outil flexible :

Une multitude d’usages

Juste avant, je vous ai montré un exemple de contrat de table. Mais vous pouvez faire bien plus simple ! Une fois vos camarades attablés il vous suffit de dire “Alors on va parler de ça et ça, les règles je m’en sers un peu mais je privilégie l’histoire à l’application stricte. A priori il n’y a pas de sujets graves, mais si quelque chose vous gêne, dites le” et hop on sait où on va.

Vous pouvez imaginer toutes sortes de mise en place pour expliciter ce que vous voulez faire. J’ai souvenir par exemple d’un MJ qui nous a proposé une partie avec le livre de scénario ouvert devant lui, sans écran et qui nous a dit directement ce qu’on allait faire, dans le détail.

Il nous a laissé le choix du scénario, nous indiquant que l’un d’eux pouvait être assez choquant car il s’inspirait du film “Délivrance”. Après discussion, nous avons décidé de faire celui-là en étant tous d’accord dessus.

On pourrait hurler au spoiler, au sensibilisme et à la fragilité (je vois pas trop pourquoi mais bon…). Pourtant ça a été une des meilleures parties de JDR que j’ai jamais faite. Le contrat était clair, on était tous d’accord et du coup ça a matché parfaitement !

C’est de la communication humaine basique, somme toute ! Quand vous êtes MJ vous avez une idée précise de ce que vous voulez. Pensez juste à la partager, tout le monde n’est pas dans votre tête ou ne vous connaît pas très bien 😉

C’est un outil qui peut être moins “intimidant” que la X-card et qui ne repose sur aucun “matériel” mais simplement sur la confiance et la transparence.

Si vous voulez surprendre vos joueurs, dites leur. Cela paraît paradoxal mais si vous annoncez “JDR surprise !”, seuls ceux qui sont prêts à se faire surprendre viendront. Encore une fois, c’est le meilleur moyen d’avoir une belle table !

Un outil pour aller plus loin :

Grâce à un contrat clair, on peut en réalité faire beaucoup plus de choses que sans. Pourquoi ? Parce qu’on s’enlève la pression de “plaire à tout le monde”. Vous avez envie d’une table où vous jouez des blobs cotonneux qui parlent yiddish ? Vous pouvez ! Vous êtes sûr-e que les PJ qui viendront à votre table sauront à quoi s’attendre.

Bien entendu, et c’est là que c’est important, il en va de même pour les tables mettant en scène de la violence brute, des sévices psychologiques ou des settings dérangeants. En étant clair sur ce que vous proposez vous réduisez drastiquement le risque de joueurs ou joueuses qui quittent la table, qui vivent mal la partie ou qui juste ne passent pas un bon moment.

Ainsi, vous et vos joueurs seront aptes à se débrider et aller vraiment très loin dans l’horreur, la violence ou autre car ils savent qu’ils auront l’aval du groupe qui est d’accord pour aller dans ce sens.

Enfin, vous pouvez aussi partir dans des concepts beaucoup plus perchés et philosophiques. Par exemple, ne lancez pas une partie de Sens : Hexalogie sans avertir un minimum votre groupe des thématiques et du style de jeu. Sinon le risque de vous retrouver avec un groupe qui pensait faire un Tales Of Equestria-like peut venir vous gâcher la partie.

Conclusion :

Le contrat de table n’est donc pas une révolution, c’est juste la formalisation de quelque chose que beaucoup d’entre vous pratiquez déjà ! Par contre sa généralisation est une bonne chose et cela permet de clouer le bec à “moi je fais pas comme ça”. Bah ouais, chaque table a son contrat, si celui-ci est explicite et accepté, y’a rien à dire 🙂

Pour finir le “take home message”, ce que vous devez retenir c’est : en tant que MJ pensez à partager votre vision et en tant que joueur, essayez d’en savoir plus que le simple synopsis ! Vous irez sûrement dans des parties que vous ne seriez pas allé voir spontanément !

Et inversement vous éviterez toute mauvaise surprise. C’est gagnant gagnant !

 

Guillaume COEYMANS

 

Critique: Degenesis, le meilleur du pire

Trigger warning : cet article est écrit à chaud peu après le visionnage d’un Q&A des créateurs du jeu début avril 2019.


Les développeurs : «  On gagne pas d’argent avec Degenesis, on a tout essayé mais on perd de l’argent et ça va être difficile de continuer la production des livres ».

En les entendant mon cœur se brise. Pour l’instant ils ont obtenus des contrats pour le traduire en espagnol et en italien mais pas de garanties que ça suffise. Le jeu est mourant.

J’exagère mais c’est toujours moche de voir un jeu dépérir, pour les joueurs et pour les créateurs mais là j’ai compris, ils ne peuvent s’en prendre qu’à eux.

Mais d’abord revenons au jeu en lui-même. Certain(es) d’entre vous connaissent peut être déjà Degenesis.

Peut-être même que parmi les lecteurs et lectrices, certains auront acheté le magnifique coffret blanc de 2 tomes débordant d’illustrations (en couleurs et pleine page s’il vous plait) et à la mise en page exemplaire.

Mais combien ont eu l’occasion d’y jouer ? C’est simple je ne connais personne.

Alors je me suis posé des questions, comment un jeu si complet, qui parle de tout le bassin méditerranéen, si riche de personnages, de cultures, etc peut se rater ?

Et j’ai eu la réponse en écoutant le Q&A du créateur :

Citation traduite à la volée du créateur du jeu «  Degenesis c’est vraiment un jeu dans lequel il faut s’investir, prendre le temps de comprendre les interactions politiques, économiques, biologiques qui régissent l’univers pour en profiter, après c’est vraiment génial mais il faut s’investir »

C’est vrai que c’est un jeu très riche, avec une quantité monstrueuse de détails mais c’est avant tout son jeu, sa création, son bébé, c’est lui qui a tout en tête, le jeu porte sa marque, c’est le fruit de sa vision. Il y a mis tout ce qu’il avait, tout ce qu’il pouvait.

Oui mais voilà quand je joue à quelque chose j’aime bien me l’approprier et rapidement si possible. Comme ça je peux tenter de convaincre d’autres joueurs de prendre une soirée régulièrement pour y jouer avec moi.

Certains jeux sont complexes mais il est facile de monter/lancer une partie, soit parce que les règles sont simples, soit parce que l’univers est déjà connu / générique soit parce qu’il y a des portes d’entrées (scénarios, quick start guide) bien définies.

Pas Degenesis.

Les règles sont classiques mais rafraichies, carac + comp, les rolistes ne devraient pas être trop perturbés. Je les ai par contre trouvées imprécises et incompatibles avec les scénarios proposés. J’y reviendrai.

L’univers ensuite:  : il foisonne d’éléments géniaux et c’est un plaisir de le lire, d’autant qu’il y a un coté enquête avec des indices cachés dans le livre. Le problème c’est que je ne peux pas demander à 4 personne de lire les 300 pages. 

A l’heure actuelle il n’y a pas de réel point névralgique au jeu, pas de bac à sable bien défini dans lequel promener ses joueurs. Il faut donc que le MJ forge son coin d’univers à partir des livres de base en refaisant des cartes des PNJs etc. 

Enfin les portes d’entrée et c’est là où ça coince

Toujours dans le même Q&A les développeurs ont sorti ça ” On ne fera pas de scénario d’introduction parce qu’on prendra les joueurs par la main et on les emmène un peu plus loin et ensuite quoi il faut les reprendre par la main, ça aurait pas de fin”

Avant de s’agacer, regardons déjà ce qu’ils proposent

Au-delà du scénario d’introduction dans le livre de règles de base, il y a trois livres de campagnes sortis à ce jour : “En Ton Sang”, “Jeu de Massacre” et “Black Atlantic”.

En ton sang est une aventure dans un endroit reculé mais crucial, ça a l’air génial mais ça nécessite déjà de pas mal comprendre les enjeux. Ça à l’air génial, mais ce n’est pas une campagne d’intro.

Jeu de massacre et Black Atlantic (pas encore sorti) poussent les joueurs à se prendre confrontation après confrontation, mais les règles ne sont pas faites pour ça. Les personnages sont mortels, vulnérables. Je vois mal comment un personnage peut espérer survivre aux campagnes quand des scènes risquent de tuer l’ensemble du groupe.

Comment résoudre le problème et « sauver » Degenesis ?

Laisser la communauté développer plus de choses :

Ça c’est déjà fait, des fans qui participaient beaucoup sur les forums se sont vu confiés la rédaction/ compilation de Artefacts, un livre à venir qui vise à compiler tout le matériel créé par les fans et à en rajouter.

Quelqu’un de cynique y verrait une tentative de garder le contrôle sur tout ce qui sort mais ce n’est pas mon genre. Disons que c’est une belle reconnaissance du travail de la communauté.

changer Le niveau de puissance:

Faites en des héros, arrêtez de jouer des survivants perdus, faites en des champions, des élus, des spécialistes décongelés avec des compétences transhumaines. Ou alors faites  en des hybrides avec les monstres laissez les PJs manger le cœur des psychonautes, devenir fous mais devenir forts, laissez les avoir de l’impact autrement qu’en leur donnant des responsabilités que les règles ne permettent pas de gérer.

changer les règles:

Vous pouvez tester le renforcement positif en récompensant les joueurs, +1D pour du bon roleplay et +1D pour utiliser les connaissances sur l’univers, ça change la donne. Ça pousse les joueurs dans le bon sens, celui de s’impliquer.

Les combats sont (à mon avis) trop mortels pour un jeu qui propose des campagnes si longues. Vous pouvez par contre ajouter des règles de traumatismes voir laisser les joueurs décider quand leurs personnages meurent. Au lieu de trépasser, ils subissent de graves blessures qui laisseront des traces, auront un impact sur leur caractéristiques (pensez Jaime Lannister, épéiste manchot). Ainsi les personnages survivent à l’enfer pour en parler, et les joueurs décident de continuer ou non le parcours d’un héro brisé.

Les règles peuvent aussi déterminer le type de parties, voir de campagnes en les englobant dans un “méta-jeu”. Le jeu post-apocalyptique Mutant-Année zéro propose par exemple un système d’exploration de carte semi aléatoire en mode map-crawler. Le jeu Aventures du Monde Intérieur propose quand à lui un système de gestion de colonie en territoire hostile.

Changer le métaplot :

Rappelez-vous du monde de Faerun pour Donjons et dragons, un atlas gigantesque, précis, fourmillant de détails et d’accroches. Un équivalent pour Degenesis arrive (Justinien) mais des années après la publication.

En attendant, à ma connaissance, il n’y a pas de bac à sable jouable. C’est dommage.

Le soucis que j’ai aussi avec Degenesis, c’est que certains cultes sont incompatibles. Il faudra donc chercher des raisons plus ou moins artificielles pour expliquer pourquoi ces personnages travaillent ensemble.

Ajouter une structure au-delà des cultes ou au moins transversale, une excuse facile pour réunir les concepts des joueurs sans se demander ce qu’ils foutent ensemble. Eclipse phase et son Firewall fait ça très bien. En plus ça permet de connecter facilement les joueurs au Métaplot. C’est un peu artificiel, c’est vrai, mais c’est pratique.

PS : Controverse : les développeurs ont fait le choix de situer l’univers du jeu autour du bassin méditerranéen et de volontairement faire l’impasse sur les États-Unis comme terrain de jeu. Il n’y a pas un forum sur lequel les joueurs potentiels nord-américains demandent ce qui est arrivé aux États-Unis, la réponse du créateur se résume ainsi « on s’en fout c’est pas là que ça se passe ».

Honnêtement, j’adore cette réponse, le bassin méditerranéen est un monde qui se suffit à lui-même, mais d’un point de vue de business je trouve que c’est un poids qu’ils se sont traîne depuis le début, au détriment de l’ensemble des joueurs.

PPS : Pour un jeu qui met en position de force les puissances africaines, le matériel qui permet de jouer en Afrique est ridiculement faible.  Lancer un os au public américain, lui faire du pied, le draguer, c’est bas mais si ça permet aux développeurs de sortir un livre pour rendre le jeu jouable en Afrique, soyons clairs, ça vaudra le coup.

PPPS de Guillaume : Cet article me fait penser au jeu de Romaric Briand “Sens Hexalogie” qui m’intrigue pas mal, sauf que l’idée de devoir lire 6 bouquins et les heures de podcast pour saisir l’entièreté du monde me refroidissent un peu pour le moment ^^

Conclusion:

N’oubliez jamais cette règle de game design / écriture : « ce n’est pas parfait quand vous n’avez rien à ajouter mais quand vous n’avez rien à enlever ».

Maintenant on ne peut qu’espérer que les choses aillent dans le bon sens pour Degenesis, ses créateurs et ses fans. En espérant que ça serve de leçon pour les autres créateurs de jeux.

En attendant, on peut débattre de l’investissement raisonnable que peux demander un jeu.

Si vous me cherchez je serai en train de jouer à Fiasco (dont je vous parlerais surement bientôt)

P.M.

Lâchez-nous la grappe avec vos mondes ouverts SVP merci

Aujourd’hui ça balance ! On parle JV ou du moins création d’univers ludique, et …. Et bah on balance parce qu’à un moment voilà quoi, y’a des pratiques qui m’épuisent et notamment les mondes “ouverts”.

Open world = open flemme

Je vais pas vous faire l’affront de vous rappeler ce qu’on appelle un jeu (ou une œuvre) à “monde ouvert“. Je vais cependant revenir sur la mode récente, permise par les avancées techniques, de proposer un univers de jeu immense, riche et fouillé. Au delà de l’argument marketing (OUI ON A CRÉÉ 183571358123752935723459273529068 éléments donc forcément notre jeu est bon !) et de la performance réelle de code et game design, on a là une vraie problématique : ces jeux sont injouables.

Repensez aux dernières grosses sorties “mondes ouverts” depuis The Witcher 3, Red Dead Redemption, GTA V et compagnie. En vrai, quand je vois un jeu qui se gausse de ses “238519357236923467 heures (ouais j’ai un sens de la mesure aujourd’hui) pour finir le jeu !” très honnêtement je soupire et je me dis “ça a l’air chouette mais flemme quoi”.

Open world - monde ouvert
Trop grand, beaucoup trop grand !

Un tel contenu, si qualitatif soit-il, est un vrai problème. Son seul but est de vous garder captif de son univers et pas forcément pour de bonnes raisons (ouais y’a des DLC à acheter et des micro-transactions à rentabiliser).

Du coup quand le futur jeu Triple A sort avec son immense monde ouvert et qui me fait baver d’envie, je sais aussi que, au final, j’aurai pas envie d’y jouer. Parce que flemme quoi.

Alors ouais, j’ai pas parcouru ces grands univers ouverts, tant pis pour moi. Mais est-ce que ça doit être une gloire d’avoir poncé les trouze milliards de quêtes annexes à l’intérêt plus que limité ? J’en doute…

Game ouverts

Récemment, j’ai mis la main sur Fallout 4. Bon ok plusieurs années après la guerre (nucléaire). C’est un monde ouvert somme toute classique, dans un univers que j’apprécie particulièrement.

Le jeu démarre sur les chapeaux de roues, guerre, panique, protéger sa famille. Puis notre fils est kidnappé ! Misère ! Je dois aller le chercher le plus vite possible !

La porte de l’abri s’ouvre. Et là, plus rien à faire de l’histoire.

Je peux littéralement jouer des dizaines d’heures sans me préoccuper de la quête principale. Certains me diront ‘MAIS T’AS RIEN COMPRIS C’EST CA QU’EST GÉNIAL”

Ouais non. Le jeu nous fait comprendre et met en scène notre objectif, dans ce cas là : retrouver mon fils. Si le jeu veut que je me balade librement, faites ce choix. Comme Minecraft, ou l’excellent Mount and Blade (monde ouverts les deux !) de nous laisser maître de nos destins.

Un monde ouvert oui, mais pas sans histoire
Un monde ouvert oui, mais pas sans histoire

Quand on fait le choix de me raconter une histoire, svp faites-le. Les quêtes annexes je veux bien, j’en redemande même ! Certaines sont même très sympas. Mais elles doivent avoir un impact sur le monde qui m’entoure et en particulier la quête principale qui doit pâtir de mon retard.

Un monde ouvert ne doit pas se faire au détriment du storytelling et de l’expérience de jeu. Racontez moi des histoires ! Surtout dans des univers aussi passionnants 🙂

Mais alors, en fait tu veux que des jeux couloir c’est ça ?

Non.

Je vais prendre quelques exemples de jeux qui vous proposent des choix, forts et importants mais dans un univers clos.

J’aime beaucoup par exemple, Along The Edge (C’est un jeu indé, peu connu, mais tip top méga groove). Dans ce jeu, vous allez avoir des choix. Pleins. Graves et importants. Or pour maitriser la narration, le jeu va vous cadrer. Mais grâce à ce cadrage, vos choix auront une vraie importance dans l’histoire. Le simple fait de prendre du retard sur certains choix influera sur le déroulé du scénario. Pour vous dire, certaines décisions m’ont littéralement paralysé pendant plusieurs minutes avant de pouvoir choisir.

Autre exemple, Life Is Strange (dont j’ai parlé et et dont je vais reparler bientôt parce que j’aime bien). L’univers vous laisse aussi une certaine liberté d’évolution. Vos choix restent très importants et les sensations que va vous proposer le jeu ne sont possibles que grâce à ces limites qu’il vous pose.

Les choix dans un monde ouvert
Faites des choix, et par pitié faites les compter

Dans les JDR :

Ouais parce qu’à un moment faut bien revenir au fond de l’affaire !

L’idée est la même en gros. Si dans votre JDR, l’idée est de me raconter une histoire, merci de le faire. Je sais que le JDR c’est top parce que le monde est ouvert et qu’on peut faire “tout ce qu’on veut”.

Mais si votre but est de raconter une belle histoire, cadrez ce monde ! Si votre but c’est de faire de l’exploration ou du gameplay émergent, faites-le, mais ne venez pas me vendre un scénario ! (“Oltréé !” fait ça très bien par exemple, en nous proposant des “terrains de jeu” plus que des scénarios).

L’idée reste d’être cohérent dans votre approche et de ne pas avoir peur d’imposer des choses à vos joueurs pour les amener dans le chemin que vous voulez leur faire emprunter.

Alors les mondes ouverts oui, mais gérez votre approche 🙂

Tout est contrat

Maintenant que j’ai (beaucoup) pesté, il est temps de réfléchir un peu.

En fait, ce que révèle ce que je viens de raconter, c’est qu’il est important lorsqu’on propose un divertissement d’être clair sur le contrat qu’on pose.

Quand vous ouvrez une partie ou un jeu, clarifiez le contrat que vous souhaitez. Si vous me dites “ouais on fait du Warhammer”. Ce n’est pas suffisant. Je veux savoir si on va faire beaucoup d’action, de l’horreur, du PMT, etc.

Avec ce type d’initiatives, je pense que les parties gagneront en cohérence. De même, le risque d’avoir un joueur ou une joueuse qui s’ennuie en partie ou qui ne retrouve pas ce qu’il ou elle voulait en est réduit.

Contrat d'agrément au jeu ouvert
C’est quand même la base de partir sur l’accord de tout le monde

Quid de la surprise ?

Surprendre un joueur n’est pas forcément idéal à mon sens. Les quelques fois où je l’ai (bien) été c’est soit quand j’ai décidé de faire un “JDR mystère” donc je ne savais clairement pas ce que je voulais faire et du coup je suis ouvert à tout. Soit quand j’ai décidé de me faire surprendre. Typiquement “tiens ce jeu, je connais pas, son approche a l’air originale, je tente” ou “tiens j’ai pas fait de PMT depuis longtemps, je tente celui là !”.

Si vous voulez être surpris, vous le serez 🙂 Si vous voulez plutôt savoir où vous mettez les pieds, vous pouvez. La liberté, à mon sens, est là.

Enfin pour des raisons de sécurité émotionnelle, être transparent sur ce qu’on propose est nécessaire. J’ai par exemple récemment joué à un jeu excellent (Summerland) et le MJ a clairement indiqué dès le début la couleur. “Ce monde est violent, réaliste et brutal. Les traumatismes psy y ont une place prépondérante”.

Clairement ce jeu n’est pas pour tout le monde. Mais le fait de la savoir permet de prendre une décision en toute connaissance de cause. S’il avait juste été présenté comme un “jeu post apo d’exploration”. Bah pardon mais ça aurait été malhonnête pour les participant et participantes. Certaines auraient pu ne pas du tout apprécier l’ambiance.

Pourtant est-ce que le premier descriptif gâche la découverte, la surprise ou le scénario ? Clairement pas.

 

Au final ce (très/trop, au choix) long article pour dire quoi ? Déjà les jeux ouverts, on se calme. Ensuite soyez transparents avec ce que vous proposez à vos joueurs (de JDR, jeu vidéo ou quoique ce soit d’autre) et votre expérience de jeu (ainsi que la leur !) sera bien plus intéressante et immersive 🙂

Guillaume COEYMANS

 

Et si la résurrection de vieux JDR c’était finalement cool ?

Réflexion qui m’est venue après l’article du Fix (ex di6dent) sur les rééditions à venir de “vieux” jeux de rôles qui pullulent cette année. On pourrait râler en se disant “c’est nul ça joue sur la nostalgie, pas de créativité, patati patata” etc. Pourtant, je pense qu’il y a un truc super intéressant derrière. Alors on y va ! 

Un peu de contexte :

Une tendance … discutable :

On le voit depuis quelques années maintenant, une certaine mode des “remastered”, des “on fait comme aux origines” et des “remake à l’identique” dans le monde culturel.

Dans la plupart des situations, je trouve ça plutôt faible créativement parlant, on va dire. Mais surtout, c’est une stratégie qui surfe sur la vague du “cétémieuxavantisme” qui est vraiment une mauvaise vague.

D’autant que par sa nature de sous-culture dans une sous-culture, l’univers des rôlistes a tendance à être très conservateur et à voir d’un mauvais œil tout ce qui pourrait déranger ses habitudes ancrées depuis des années.

Les rolistes sont donc friands de tout ce qui peut flatter leur conservatisme, et donc les rééditions de vieux JDR flattent leur pratique et font recette (en témoignent les Crowdfunding records).

Moi un “vieux” roliste ?

Je ne me considère pas comme un “vieux” rôliste. J’ai environ 15 ans de pratique plus ou moins régulière (j’ai commencé autour de 12 ans et je m’y suis mis très sérieusement vers 19 ans. J’en ai 28, faites le calcul). Pour certains vieux d’la vieille, je suis un p’tit jeune. J’ai pas connu la chasse aux sorcières, les paniques morales, Mireille Dumas et consorts.

Quand j’ai vraiment commencé à me dire “maintenant je fais du JDR sérieusement” on en était déjà à la V6 de Cthulhu, 3.5 de D&D, 3 de Warhammer et compagnie. Le JDR était, à défaut d’être répandu, accessible et varié.

Mais aussi, plein de vieux jeux dont on me parlait parfois étaient tout bonnement inaccessibles ! C’est là que les Herbert West du JDR interviennent !

Dr Franken-jdr

Ils sont éditeurs (Raise Dead), ou indépendants qui passent par des CF ou les rentrent dans leurs gammes classique. Leur point commun ? Ils rééditent de vieux JDR.

De tête je citerai Vermine, Bitume, Rêves de Dragon, Pavillon noir, et bien bien d’autres. Ces jeux, je ne les ai pas connus, alors qu’ils semblent avoir eu un impact certain. C’est donc idéal pour moi de découvrir ces jeux via ces nouvelles éditions. Même pour des jeux plus récents comme Knight, que j’ai raté à sa première sortie, j’ai pu le découvrir grâce à sa superbe réédition.

Frankenstein du JDR
It’s alive !

Parce qu’en plus, ces nouvelles moutures sont enrichies (c’est le cas de le dire) par des financements participatifs records ! Du coup on a souvent droit à des ouvrages de bonne qualité, avec un contenu solide et une édition tiptop.

En théorie bien sûr. Y’a toujours des contre-exemples 😉 Des rééditions paresseuses, pas inspirées ou mauvaises. Mais bon globalement je trouve que c’est, dans mon cas, une excellente porte ouverte sur des JDR que je n’aurais pu connaître que par leur légende !

Alors certes, c’est aussi là pour flatter les vieux rolistes et faire des sorties à peu de risques en étant sûr que le public restera présent. Parfois la créativité est tout juste acceptable. Mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, ça peut être intéressant.

Mais je vous en CONJURE : n’oubliez pas de regarder les jeux récents et ultra-novateurs qui sortent souvent, de l’essor du PBTA jusqu’aux fameux trucs qui ne sont “pas du JDR“, je suis sûr que vous trouverez votre compte 😉

En tout cas, vous soufflerez un vent de fraîcheur sur votre pratique !

Voilà un article un peu court, mais l’actualité s’y prêtait et je voulais parler de ce sujet depuis un moment ! N’hésitez pas à me partager en commentaire ce que vous pensez de ces résurrections et quels sont vos tops/flops parmi ces dinosaures ramenés à la vie 🙂

 

Guillaume COEYMANS

 

A quoi ça sert un écran de MJ ?

! Bonne question ça ! On en voit partout, c’est presque devenu un indispensable. Un JDR publié = un écran. S’il n’y en a pas, ça couine sur les forums et dans les commentaires pour en proposer un. En carton dur, papier épais, 3 ou 4 volets, format paysage ou portrait etc. Alors la question est légitime : à quoi ça sert ? Voyons ça :

Un écran pratique :

Oui, un écran c’est pratique.

Pour des raisons purement matérielles, on est souvent proches des joueurs et on peut avoir à dissimuler certains éléments. J’ai par exemple en tête un livre de scénario où l’une des illustrations pleine page (grand format A4) est un énorme spoiler. Avouons que si vos joueurs et joueuses voient ça, le plaisir de jeu risque d’être diminué. L’écran, que ça soit celui officiel du jeu ou juste un cahier ouvert posé en équilibre, sert à protéger le scénario (quand celui-ci repose sur une intrigue).

Idem quand vous manipulez vos plans, fiches de monstres, etc. Le mieux, en terme narratif, c’est que vous, MJ, restiez décisionnaire du timing. Imaginez que l’un des PJ voit que le plan derrière l’écran qui s’intitule “MAISON DE JEAN MICHEL TUEUR”, ou voit la fiche “Changelin”. Il peut se douter de certaines choses. Alors certes, les PJs font la part des choses entre eux et leur persos mais bon, on sait que ça ne marche pas toujours…

derrière écran
Tous ces spoilers que l’écran protège

La plupart du temps sur les écrans officiels, mais aussi ceux “fanmade”, on trouve sur le coté MJ un rappel des règles, des tableaux récaps, des tables de références, etc. C’est souvent bien pratique pour fluidifier le jeu. C’est utile principalement dans les jeux ayant un système assez touffu. Et ça évite au MJ de devoir plonger dans ses 18 bouquins de 400 pages pour retrouver LA règle (bon après du coup on peut pas crâner avec nos éditions collector crowdfundées avec notre nom dedans).

De plus, le fait de lancer les dés à l’abri des regards indiscrets permet soit de cacher la réelle puissance des oppositions, soit d’influer sur le scénario en fonction de ce que proposent les joueurs. Si vos joueurs et joueuses jouent vraiment de malchance, un petit coup de pouce au destin derrière l’écran est possible. Idem si vos joueurs ont une chance insolente et roulent sur le scénario. Même les plus intégristes des MJ “by the book” utilisent ces artifices bien à l’abri de leur écran, croyez moi 😉

Enfin l’illustration de l’écran est souvent de qualité et permet d’aider à l’immersion en proposant une ambiance. Je pense par exemple à ceux de l’Appel de Cthulhu qui sont souvent très beaux (si on exclue celui des 30 ans qui était … différent x) )

Un écran symbolique

Je l’avais déjà évoqué ICI et LA mais, à mon sens, le MJ n’évolue pas dans la même “sphère” que les joueurs. Sans être au dessus ou en dessous, il est juste dans un autre état. De même, le JDR est (toujours pour moi hein) asymétrique. Cette asymétrie est souvent représentée par l’écran.

Celui-ci permet au meneur ou à la meneuse d’être enclavé-e derrière son écran pour marquer physiquement son écart avec les PJ.

écran MJ allégorie
Écran de MJ : une allégorie

Ainsi, bien à l’abri des regards, le MJ marque sa séparation d’avec les joueurs.

Parfois l’écran n’est pas présent et les jets de dés ouverts, mais vous remarquerez qu’il existe quand même cette séparation. Physique parfois, le MJ ayant le-s livre-s ouvert-s devant lui, ou alors car le MJ est debout et les joueurs assis. Bref, au delà de l’écran, le MJ se sépare des joueurs et joueuses.

Et quand y’a pas de MJ ?

Oui… Je sais … la mode est aux jeux sans MJ. C’est vrai. C’est intéressant en plus.

Relisez moi attentivement, surtout dans l’article de définition. Je ne parle pas de MJ directement mais de positions “asymétriques”. J’ai peu joué aux jeux sans MJ à proprement parler donc je ne vais pas m’étendre là-dessus.

Cependant, de ce que j’en sais, il y a quand même une forme d’asymétrie. Un ou une des participant-es a une rôle légèrement différent des autres, même si c’est de manière temporaire.

Alors l’écran n’existe plus à ce moment, mais l’asymétrie, voire la séparation, oui.

 

Voilà un article un peu différent ! Plus reflexif et symbolique, un peu comme l‘article sur les dés. J’espère que ça vous aura plu ! N’hésitez pas à le partager et à commenter !

Guillaume COEYMANS

 

Crash Reading : Mantoid Universe – Du JDR Punk

Je vous ai déjà évoqué ce jeu lors du Faut Qu’on Conv’ sur RPGers 2018. Vous le savez peut être, mon jeu préféré est l’Appel de Cthulhu, du coup comme c’est un jeu très classique, je cherche souvent des bizarreries pour varier les plaisirs. Et le moins qu’on puisse dire c’est que ce jeu, issu de l’écurie frappadingue Batro Games envoie valdinguer plein de choses !  Vous êtes prêts pour Mantoid Univers ? Non ? C’est normal, je vous raconte tout ça ! 

Note : les Crash Readings sont une série d’articles que j’écris à propos de JDR (ou autre) que je lis mais que je n’ai pas encore fait jouer. Je ne veux pas appeler ça des critiques car sans l’avoir fait jouer, on ne peut pas vraiment se faire l’idée d’un jeu. Disons que je critique l’ouvrage plus que le jeu, à l’inverse de certaines critiques qui vont évaluer le jeu à partir de la simple lecture du livre sans l’avoir fait jouer (méfiez vous des critiques à J+1 de JDR qui font 600 pages…). 

De quoi ça parle ?

Mantoid Universe s’insère dans une continuité des autres jeux de Batro Planète Hurlante et Space Sword. Il n’y a cependant aucune nécessité de connaitre ces univers avant de jouer (ce qui est mon cas).

Batro Games
Une DA magnifique et parfois … dérangeante

Mantoid se passe dans un univers “Punk, Épileptique et Sado-masochiste” (tout un programme), dans un temps situé après la fin des temps. L’apocalypse, la fin de l’univers, le jugement dernier, tout ça a eu lieu. Les personnages vont évoluer dans les lambeaux d’un monde détruit, dans les spasmes d’agonie de celui-ci. Ambiance cradingue, chaotique et délirante à prévoir. Bref Punk à 100%.

Évoluent dans cet océan délirant plusieurs races très différentes et malsaines. Les Cafaroides libidineux, Les hommes-porcs végétariens opprimés, les redoutables Mantoides et leurs réseaux de trafics et les absurdes Clones.

Dur d’en dire plus, tant le jeu se base sur l’improvisation, l’absurdité et le délire structurel. Dans un tel monde en proie à la folie, les notions d’univers, d’aventure et de réalité n’ont plus vraiment de sens.

L’ouvrage :

Moins de 100 pages, sous blister avec une couv’ cheloue. Autant dire que ce livre attire l’oeil tant il peut être repoussant, surtout quand on a l’habitude du reste de la prod’ ludique. D’autant plus que la dernière ligne de la quatrième de couv’ a de quoi intriguer : “Déconseillé aux mineurs”.

Mantoid Cover RPG
Une couverture qui met dans l’ambiance

Quand on ouvre la bête, on comprend de suite le délire. Illustré par l’incroyable Jeremy Famir, les visuels font la part belle au “weird”, à la folie, au crasseux et à l’explicite. J’adore ! Mais attention certains visuels peuvent être perturbants.

La maquette est aérée grâce notamment aux nombreux tableaux de gestion aléatoire de tout un tas de choses et aux illustrations qui rendent le tout agréable à lire et clarifient clairement la mécanique.

Découpé en deux parties sur le système et sur l’univers, le tout est un très bon exemple de maquettage intelligent et clair. On aurai pu craindre que la mise en page soit aussi foutraque que l’univers et le choix de faire l’inverse est à mon sens très pertinent. L’univers étant suffisamment déroutant, on se sent “rassuré” par la clarté formelle du tout, un bon point !

Le Jeu

Que dire ? Honnêtement je vais pas dire grand chose, tant le jeu nous pousse à casser tout ce qu’on connaît pour vivre l’aventure de façon viscérale. Sachez simplement que c’est un système D12 avec une grosse notion d’aléatoire dans la création de personnage. Mais ça a l’air de fonctionner très bien ! Tout est très simple, très clair et reflète parfaitement l’imprévisibilité de l’univers.

Conclusion :

J’ai dit plusieurs fois que c’était un jeu Punk. Mais c’est quoi un jeu punk ? Et bien c’est quoi le punk d’abord ? Pour grossir le trait, c’est un courant musical et artistique qui prône la simplicité, la “crudité” (enfin le fait d ‘être cru quoi), le nihilisme et une forme de désespoir envers l’avenir. C’est aussi un mouvement qui rejette les conventions et le principe même de règles et de bienséance. Le tout sans oublier d’avoir un vrai talent artistique et un goût pour le beau, y compris et surtout le laid beau. Le punk cherche à choquer, déranger et remettre en cause les dogmes.

C’est exactement ce que fait Mantoid. En témoigne cette page surréaliste composée uniquement d’une longue liste de “Fuck” suivis d’une convention de JDR. Par exemple “Fuck les chaises, : restez de bout et faites de grands gestes !”.

C’est un livre laid mais beau. Simple mais complexe. Facile mais dur. Idéal pour débuter mais difficile d’accès. Bref c’est punk et c’est putain de bien.

Un vent de fraicheur ? Non. un vent de révolte, à l’odeur de graisse et de pétrole qui vient emmerder le rôliste classique qui est en nous ? Oui. Est-ce qu’on veut plonger dedans comme un porc se roule dans la boue ? OUI ! Est-ce qu’on ressortira de ce bain de boue sale, puant, crade mais heureux ? 100x OUI !

Je mettrais seulement un unique bémol : le jeu est idéal pour les initiations, car son système fait qu’on le prend vite en main. Cependant, au vu de l’univers, on peut vite tomber dans certains clichés et dans certains travers qui sont parfois gênants. Le jeu traite de sexualité et de violence crue, autant dire que ces sujets peuvent être choquants (ce qui est le but hein).

Du coup je le conseillerais certes en initiation mais avec une certaine forme de sélection des joueurs ou alors avec des mesures de sécurité émotionnelle (non ce n’est pas un gros mot, et arrêtez de grogner, ça va pas vous tuer …) pour éviter certains moments pouvant être difficiles. Certes le jeu est fait pour être dérangeant mais ça reste un jeu 🙂

Ceci dit je ne peux que vous conseiller cet ORNI (Objet Rôliste Non Identifié) qui va challenger sérieusement vos pratiques et votre vision du JDR ! De manière générale, jetez un œil au travail de Batro qui est juste incroyable !

Merci de m’avoir lu ! N’hésitez pas à commenter et partager cet article si il vous a plu !

Guillaume COEYMANS

Jeu de Rôle : une tentative de définition

Si vous lisez mon blog depuis longtemps, vous savez que j’avais déjà tenté une définition du JDR  il y a bien longtemps. Celle-ci ne me satisfait plus après des années d’affûtage de mon avis. Aussi je tente ici une nouvelle définition. Celle-ci est bien entendu subjective, incomplète et ne satisfera pas tout le monde. Mais bon, vivons dangereusement ! 

Une pratique, trois définitions :

En introduction, je vais vous expliquer comment je vais fonctionner pour la suite de l’article.

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Crash Reading : Mystères et Pains d’Épices

Aujourd’hui, on parle du JDR édité à compte d’auteur par L’antre du Gob. Il s’agit en réalité d’une traduction d’un jeu de Annie Rush, proposé à petit prix en vente directe (moins de 20€, livre et écran, frais de port inclus). C’est un ouvrage assez court, que je vais m’atteler à vous présenter ! 

Note : les Crash Readings sont une série d’articles que j’écris à propos de JDR (ou autre) que je lis mais que je n’ai pas encore fait jouer. Je ne veux pas appeler ça des critiques car sans l’avoir fait jouer, on ne peut pas vraiment se faire l’idée d’un jeu. Disons que je critique l’ouvrage plus que le jeu, à l’inverse de certaines critiques qui vont évaluer le jeu à partir de la simple lecture du livre sans l’avoir fait jouer (méfiez vous des critiques à J+1 de JDR qui font 600 pages…). 

De quoi ça parle ?

12 jours par an, à la période de Noël, la magie fait son œuvre. Les Bonshommes/Bonnesfemmes de pain d’épices prennent vie et vivent des aventures incroyables dans la maison. Vont-ils se lancer à l’assaut du Sapin ? Échapper au chien glouton ? Ou essayer de sauver leur ami un peu trop cuit ?

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RPGaDay 2018 – Le Challenge JDR : Suite & Fin

NOUVEL ARTICLE ! On fini le #Challenge #RPGaDAy2018 avec les réponses détaillées à ce questionnaire #JDR !

Suie donc du RPGaDAy2018 commencé sur mon Twitter (abonne toi like et RT 😀 ) et dont le premier récap est disponible ICI.

Jour 15 : Un JDR piégeux qui vous a finalement plu ?

Pas grand chose à ajouter 🙂 J’étais arrivé tard en convention et c’était la seule table qui n’avait pas démarré, j’étais moyen chaud, parce que j’aimais bien savoir à quoi je jouais (maintenant je suis plus ouvert ^^ ). J’ai vraiment bien kiffé même si l’univers ne m’était pas familier, la partie était vraiment sympa. Alors que si vous m’aviez dit “viens on fait un JDR Saint Seiya” je vous aurait probablement remballé (à l’époque, maintenant j’me suis asagi).

Jour 16 : Quels sont vos plans pour la prochaine partie ?

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