Murmures dans les ténèbres : Écouter Lovecraft (Les chroniques du Maître 2/4)

Bonjour à tous ! Suite du dossier sur Howard Philips Lovecraft, je vous conseille vivement de lire le premier article ou du moins l’introduction de celui-ci. Aujourd’hui on parle d’adaptations audiophoniques

Au coin du feu

Pourquoi parler du média radiophonique (ou du moins audio) alors que les grandes heures de la radio et des sagas MP3 semblent être passées ?

Bon déjà parce que la radio vit toujours très bien et que les sagas MP3 reviennent un peu en force, avec l’Épopée Temporelle de Cyprien ou le futur Clyde Vanilla d’Antoine Daniel.

Mais aussi pour deux autres raisons : 1) récemment, France Culture a sorti des adaptations absolument excellentes que je me dois de vous présenter. 2) Également car les écrits du – pas si – reclus de Providence (comme on surnommait parfois HPL), se prêtent particulièrement à l’art du storytelling. Par le vocabulaire, la rythmique et le format (relativement) court, son œuvre est un plaisir à raconter et à écouter.

Nous allons nous pencher ainsi sur deux types d’adaptations : les audiobooks et les adaptations comportant de la mise en scène.

Lovecraft en audiobooks :

Vous pouvez en trouver assez facilement gratuitement sur le net, parfois avec des lecteurs connus. Je vais être assez bref sur ce sujet car il s’agit principalement de lectures assez neutres.

Le plaisir d’entendre ces histoires (d’autant plus si vous trouvez des VO) est réel et nous plonge bien dans l’univers de Lovecraft. Dans l’obscurité, avec vos meilleurs écouteurs sur les oreilles, on peut facilement se laisser emporter dans d’autres mondes !

Livre Audio

Cependant ces lectures sont souvent assez plates et peuvent s’avérer un peu soporifiques dans le cas de longues séances.

Contrairement au second format :

Les adaptations radiophoniques

Les adaptations mises en scène. Principalement portées par France Culture, ces adaptations sont fidèles au texte d’origine, malgré quelques écarts. Mais ces écarts sont parfaitement justifiés par la spécificité du média et ne trahissent pas l’œuvre.

Enfin d’autres écarts tiennent plus de l’actualisation des traductions que de la licence poétique. En effet les traductions dans le commerce (à part la dernière vague de nouvelles versions récemment initiée) datent un peu et retranscrivent parfois assez mal la plume du Maître.

Mais surtout, ces adaptations proposent une mise en scène digne des meilleurs sagas MP3 pour vous plonger au sein de l’univers de HPL.

Radio Ancienne

Pour vous convaincre, petite anecdote : j’étais dans la maison familiale, j’écoutais “La Couleur tombée du ciel”, dans un premier temps seul, puis quelqu’un est revenu et après quelques mots, s’est assis sans mot dire et nous avons écouté la fin de l’histoire dans un silence religieux. Il restait pourtant presque 1h de programme.

Tout cela est dû, à mon sens, à un bon jeu d’acteurs, un travail sonore et musical efficace tout en restant minimaliste. Enfin, c’est aussi le choix des nouvelles qui se prêtent le mieux dans la cosmogonie de Lovecraft.

Voilà pour les adaptations audio du maître !  Comme vous voyez, je vous conseille très fortement de vous pencher sur les adaptations de France Culture :).

Vous pourrez retrouver les adaptations ainsi que d’excellentes émissions sur Lovecraft ICI !

N’hésitez pas à me suggérer d’autres formats dans les commentaires et merci de m’avoir lu !

Guillaume COEYMANS

 

Lovecraft en BD : Zoom sur 4 oeuvres (Chroniques du Maîtres 1/4)

Bonjour à tous, aujourd’hui n’est pas coutume ; on va parler de littérature, et plus précisément de BD. Et plus plus précisément de Howard Philips “Le Maître” Lovecraft, peut être mon auteur préféré, à travers 4 opus de BD assez différents. Ce sera le début d’une série d’articles sur Lovecraft qui vont venir au fur et à mesure 🙂

Lovecraft, inadaptable ?

“The oldest and strongest emotion of mankind is fear, and the oldest and strongest kind of fear is fear of the unknown”
― H.P. LovecraftSupernatural Horror in Literature

Je vais faire très rapidement une biographie et présentation de Lovecraft (que j’appellerai parfois HPL ou Le Maître ;). Je vous renvoie sur le bon article Wikipedia mais surtout sur l’excellente série de France Culture qui lui est dédiée .

Pour faire simple HPL est le pionnier de la littérature fantastique et horrifique du début du XX° siècle. Peu connu de son vivant, il a surtout publié dans des magazines “pulps” (publications bon marché dans lesquelles on retrouvait des récits d’aventures, fantastiques, etc). Son style se caractérise par une horreur cosmique et indescriptible, où l’homme n’est qu’un grain de poussière dans un univers peuplé de créatures cauchemardesques. En gros son écriture fait peur, très peur (je suis navré de résumer autant, mais n’hésitez pas à consulter mes sources si vous souhaitez en savoir plus).

Il a aussi une correspondance gargantuesque avec des milliers de lettres envoyées à travers tous les USA sur des sujets aussi variés que l’astronomie, la littérature, la politique, etc.

Son style, très axé sur la description de l’indescriptible et à l’échelle cosmique, rend difficile toute adaptation sur des médias visuels, car tout repose sur la suggestion, la montée dramatique et l’effet que produisent ces révélations. Il a aussi créé toute une cosmogonie avec des dieux, créatures et lieux qui reviennent en toile de fond de ses œuvres et de ceux de ses continuateurs, que l’on appelle souvent “Le Mythe de Cthulhu” ou juste “le mythe”.

En revanche, son empreinte stylistique se retrouve dans énormément d’œuvres, principalement dans des productions dites “de genre”. On peut citer notamment la saga Evil Dead et son Necronomicon, les jeux vidéos, la saga Amnesia notamment et bien d’autres.

Aujourd’hui, donc nous allons nous attaquer de BD, avec 4 œuvres :

Neonomicon : à deux doigts du carton rouge

La première BD que j’ai lue en rapport avec Lovecraft se présente comme une modernisation du mythe de nos jours. Plutôt alléchant au premier abord, surtout avec Alan Moore au scénario.

A mettre à son honneur : des dessins magnifiques de Jacen Burrows qui rendent bien l’univers proposé sans en faire trop. Mention spéciale aux hallucinations assez bien rendues, ainsi qu’à la composition des planches. La structure du scénario est aussi intéressante, respectant une structure connue chez Lovecraft : description d’un fait, fast forward sur l’enquête, et retour aux premier protagonistes avec de nouvelles relations.

Ensuite : le reste. Par où commencer ? Le premier personnage introduit, central par la suite, ressemble au Maître. Bon on apprécie le clin d’œil mais c’est un peu facile. Surtout que par la suite, à chaque page (sauf dans le dernier quart même si c’est présent) on nous assène des dizaines (parfois 10 par page ! ) de références à l’œuvre de HPL. C’est vraiment le niveau 0 de la référence, c’est comme si l’auteur vous disait “T’as vu, t’as vu, j’ai dit ça, et ça ! Je suis cool hein ??” Non vraiment, c’est lourd. Aucun effort d’imagination à ce sujet, c’est presque un bingo du mythe.

L’intrigue est relativement basique, et je n’ai pas de problème avec ça. Elle mélange plusieurs œuvres de HPL de façon un peu bâtarde, donnant parfois une impression de fouillis et de manque de continuité.

Cependant, elle traîne des thématiques que je trouve hors sujet en plus d’être, dans la BD elle-même, inintéressantes. En effet, l’histoire tourne beaucoup autour du sexe, de la sexualité et du viol. Prenant pour prétexte les écrits de Lovecraft, qui regorgeraient de sous entendus sexuels, la BD s’en donne à cœur joie (à déconseiller aux âmes sensibles, l’ouvrage étant très explicite).

C’est pourtant oublier que HPL était lui-même un puritain (“le dernier des puritains” disait-il lui même) peu porté sur le sexe et même sur les relations hommes/femmes, son œuvre ne comportant quasi aucun personnage féminin. Mais dans l’absolu pourquoi pas, pour “moderniser le mythe”, cela aurait pu être un moyen intéressant. Sauf que c’est fait de manière grossière, quasiment gratuite, trop explicite (suggérer est toujours mieux que montrer), et parfois inutile.

Difficile pour moi donc, de vous conseiller cette BD, mais si vous êtes un collectionneur, pourquoi pas. En revanche si vous cherchez à retrouver ce qui fait le sel du Mythe de Cthulhu, passez votre chemin.

Providence 1 – La peur qui rode : à un doigt du carton rouge

C’est l’une des raisons qui font que cet article a mis du temps à sortir. En effet, je possède la BD depuis un moment et j’ai voulu la relire avant de rédiger cet article.

J’avais un souvenir plutôt négatif de cette histoire, mais là je n’ai tout simplement pas pu la re-finir.

Avec la même équipe de Neonomicon derrière, je m’étais dit à la base qu’ils ne pouvaient que faire mieux. Spoiler : non.

Déjà, le héros qui reprend les traits de HPL. Pourquoi pas, m’enfin niveau imagination on repassera. Pourtant le début (j’entends par là les 5 premières pages) était plutôt bien : le héros est un journaliste dont l’écriture est proche de ce que Le Maître a pu écrire. Mais dès la 6ème page, on est déjà dans du sexe graveleux et explicite… Pour rien en plus. Même si le dessin en lui même reste tout aussi agréable que dans Neonomicon, c’est bien dommage.

Par la suite, l’intrigue se développe de façon confuse, car elle mélange plusieurs œuvres de HPL, de “La Peur qui rôde” jusqu’à “l’Abomination de Dunwich” en passant par “Horreur à Red Hook” et quelques autres. Ces récits aux styles différents et donc assez peu compatibles donnent une impression de fourre-tout désagréable.

Le héros tombe dans les bras du premier homme qui passe, sans plus d’explications que cela, juste parce qu’il est beau gosse (rappelons le, HPL était un puritain) ce qui le rend peu sympathique, car son attirance n’est que charnelle.

Enfin le récit est ponctué de pages du journal du héros… Qui ne fait que répéter ce qui a été montré dans le chapitre précédent. Ennuyeux.

Il y a eu des suites, que je n’ai pas lues encore, mais pourquoi pas, pour voir si le niveau remonte… Enfin, à part aux fans, je ne peux pas vous conseiller cette BD non plus.

Weird Detective : Là je dis oui !

Étrange … Voilà ce qui caractérise cette BD bien nommée. Je l’ai découverte au hasard du Bordeaux Geek Festival, sur le stand d’Akileos, en présence du dessinateur (merci à lui pour sa dédicace d’ailleurs !). Une BD, qui s’appelle Weird Detective (rappelant le magazine Weird Tales où Le Maître a été publié) et sous titrée “The stars are wrong” rappelant aussi une formule bien connue de HPL, ne pouvait que me plaire.

Le style graphique rappelle les comics pulps et fait bien honneur à son contenu. Le trait est agréable et les couleurs très belles.

Au niveau de l’histoire, on suit un détective étrange (ah bon ?), devenu d’un coup excellent investigateur alors qu’il était médiocre avant. Il semble disposer de facultés supérieures et d’un esprit unique pour résoudre ses enquêtes, il est appelé suite à une série de meurtres bien singuliers. Je n’en dévoilerai pas plus 🙂

Retenez simplement que l’histoire se passe dans un monde qui pourrait être celui d’HPL mais aujourd’hui. Les références au mythe sont explicites mais aucune à l’œuvre du Maître (l’exact opposé des deux précédentes BD). Les personnages y sont intéressants, l’action prenante et l’intrigue… intrigante.  Les touches d’humour sont tout à fait pertinentes (si vous avez la BD, je vous dirais juste “Il est canadien” 😉 ).

Excellent hommage, cette BD est un régal ! L’esprit de Lovecraft y est, sans le trahir ni trop en faire. Quelqu’un qui ne connaît pas Lovecraft pourra prendre plaisir à lire la BD, ce qui est plus compliqué pour Neonomicon et Providence.

Lovecraft par Ian Culbard : Carton plein

On parle d’un gros volume, toujours chez Akileos, un pavé comprenant 4 adaptations strictes de HPL par Ian Culbard. Au début circonspect concernant la possibilité d’adaptation littérale, surtout après avoir vu les premiers visuels dont le style me paraissait très “enfantin”. J’ai été surpris une fois l’ouvrage en main de me rendre compte que ça fonctionnait plutôt bien.

Comme il s’agit d’adaptations littérales je ne vais pas développer l’intrigue; simplement tout est respecté. Le style de dessin, qui m’effrayait au début, s’avère au final parfaitement adapté. Les scènes oniriques notamment font tout à fait honneur à l’œuvre originale. Peut être simplement dans les passages horrifiques, les créatures ne sont pas assez… horrifiques justement.

Je recommande donc à 100% cette BD qui ravira les fans du maître. Les néophytes trouveront une belle porte d’entrée vers l’univers d’HPL même s’il faut garder à l’esprit que ça peut être un peu “perché”, notamment le cycle du rêve.

Au final ?

Comme quoi lorsqu’on a des critiques négatives à faire c’est toujours assez long, et beaucoup plus rapide lorsque c’est bien 🙂

Au début réticent, le média BD s’avère donc plutôt propice à l’adaptation de Lovecraft. Cependant le fait que de grands noms s’en mêlent n’est pas forcément un bon point, surtout quand il s’agit de mélanger plein de choses.

Gardons à l’esprit le concept de “keep it simple” aller au plus simple : une adaptation ou une œuvre qui se passe dans l’univers. Pas un gros gloubi-boulga de références et d’histoires qui n’ont rien à voir ensemble. Dans le cas des deux premières BDs, la modernisation du propos échoue car il ne suffit pas de dire “rajoute des fesses et des zizis”. Là où Weird Detective réussit bien mieux le pari en modernisant propos et univers. Enfin, l’adaptation stricte de Culbard est une réussite car elle sait saisir ce qui fait l’essence du travail de Lovecraft et le mettre en image.

J’ai ici fait un choix parmi 4 œuvres, n’hésitez pas à me dire en commentaire si vous avez d’autres exemples !
Bien entendu, ces avis ne sont que les miens 🙂

Je vous dis à très bientôt pour d’autres articles et la suite du Dossier de Maître !

Guillaume COEYMANS

Transmédia, Crossmédia, Le jeu de plateau 2.0 ?

Trois semaines pour sortir mon article alors que je me fixais un rythme hebdomadaire … Plusieurs raisons : beaucoup de travail qui m’a ralenti et le succès de mon dernier article qui m’a un peu “effrayé”. Rajoutez à cela un thème pas évident à traiter et vous obtenez du retard. Dès aujourd’hui je reprends un rythme plus régulier ! 

L’idée de cet article m’est venue en constatant depuis peu que pas mal de jeux (plateau et JDR) étaient réédités en jeu vidéo, que ça soit une adaptation stricte des règles, ou un enrichissement du jeu. Si vous ne le savez pas encore, je suis passionné de Cross-média et Transmédia  (je vais y revenir) et je me suis donc demandé si il y avait une part de trans/cross média dans le jeu de société… Ci-suit donc le fruit de ma réflexion ! Bonne lecture 🙂 

Transmédia et Crossmédia ? Kessessé ?

Commençons par le début, Le Crossmédia :

Au début, était le Crossmédia (que l’on appelle aussi parfois le multimédia, terme qui ne désigne plus la même chose). C’est une stratégie marketing qui décline un univers, une marque, un concept sur plusieurs médias afin de créer une image cohérente et complète. Chaque itération sur chaque média est une représentation complète de l’univers qui l’inspire. Typiquement, on aura, une bande-annonce, une affiche et un spot radio par exemple. Chacun reprend tous les éléments constitutifs du produit et n’en augmentent pas l’univers.

C’est le principe de base de la plupart des campagnes de com’. De nos jours, personne ne fait “juste” de l’affichage ou du spot TV. D’autant plus que depuis la fin des années 90 (vous l’avez peut être aussi remarqué mais c’est subtil) est apparu un nouveau média, Internet (drôle de nom ?) et depuis quelques années, les réseaux sociaux. Ils ont radicalement changé la façon de communiquer son univers et son image, de part la création de communauté et l’interactivité qu’offre ce média.

Une transition toute trouvée pour :

Le Transmédia, héritier légitime du crossmédia :

Le Transmédia lui, est plutôt à caser dans ce que l’on appelle le storytelling. C‘est une forme de narration interactive ou chaque média de communication ajoute une pierre à l’édifice, à l’image que bâtit une marque. Chaque contenu est différent et permet de créer un tissu de médias, un canevas avec lequel l’utilisateur tisse l’histoire de la marque. C’est une excellent moyen d’impliquer l’utilisateur et de raconter de belles histoires (marketing certes, mais belles histoires quand même !). Par exemple, vous dégottez sur le net un site sympa dont le contenu vous plaît, puis l’univers de ce site apparaît à la TV ponctuellement et enfin à une application dédiée sur votre smartphone qui propose encore un contenu différent (Le Gorafi fais ça plutôt bien, entre son site et sa chronique au Grand Journal, la série Lost en était aussi un bon exemple !). Et je ne cite même pas Star Wars et son “univers étendu” ou encore Matrix !

La com’, le marketing, OK, mais quel rapport ?

L’imaginaire ludique, un nid d’initiatives trans/crossmédia

Et oui, depuis l’essor des cultures de l’imaginaire, on note une réelle volonté d’étendre les univers sur plusieurs médias. Des livres aux films, en passant par les séries ou jeux vidéos, tout est prétexte à aller de plus loin dans la création. Comme évoqué juste avant, Star wars est l’archétype de ce genre d’extensions. On compte des jeux vidéos, des jeux de figurine, des livres, des films bien entendu et même des séries animées. Ce qui est particulièrement intéressant dans ce cas, c’est que chaque média apporte une pierre à l’édifice pour concevoir ce que l’on appelle “l’univers étendu de Star Wars“.

L’autre univers que j’aime à citer comme bon exemple de Transmédia c’est l’univers Games Workshop (en particulier les licences Warhammer et Warhammer 40.000). A la base un simple Wargame (jeux de stratégie avec figurines), il s’est peu à peu étendu en jeux de plateaux, livres, jeux vidéos, JDR, etc… Encore une fois, chaque média participe à l’univers en général.

Cependant, ces cas restent l’exception, et la majorité des adaptations tiennent plus du cross média que du transmédia. Pensons par exemple au Seigneur des Anneaux. Globalement, les films sont des adaptations des œuvres de Tolkien et n’apportent pas de substance significative. De même, les jeux de plateaux et jeux vidéos ne permettent que de revivre des morceaux d’histoires. Ce n’est ni mal ni bien, c’est simplement une perspective différente. D’autant que l’œuvre de Tolkien est largement assez vaste pour fournir du contenu à tout un tas de supports.

Si vous regardez bien, la plupart des adaptations sur d’autres médias, sont justement des … adaptations et non des constructions supplémentaires. Je le répète il ne s’agit pas d’un jugement de valeur, j’essaie simplement de faire le tour de ce que je vois en termes de multimédia dans l’Imaginaire Ludique. Et, de plus, le transmédia s’installe de plus en plus grâce aux facilité d’accès aux différents médias et à l’importance du Storytelling.

Les initiatives qui me plaisent le plus :

Pour continuer sur Games Wotkshop, je vais parler de Space Hulk, un jeu de plateau très sympa sorti dans les années 80, devenu culte pour beaucoup, entre autres parce qu’il n’a jamais été réédité. Il a été adapté en jeu vidéo il y a bien longtemps, adaptation classique du crossmédia à l’époque convertissant un jeu de stratégie en FPS (jeu de tir subjectif). Puis la licence est tombée dans l’oubli jusqu’en 2013 où une nouvelle adaptation sort. On est sur de l’adaptation littérale à la règle près du jeu original. Certes on retrouve l’esprit du jeu, mais ce qui est adapté à un Jeu de Plateau ne l’est pas forcément à un jeu vidéo, et celui-ci apparaît donc assez ennuyeux et répétitif… Qu’à cela ne tienne : l’éditeur prend le problème à bras le corps et sort l’année suivante une nouvelle version qui part des règles de base mais y inclut des notions de RPG et une dose de dynamisme en plus. Cette nouvelle version est elle, un succès.

Je cite aussi un exemple inverse mais proche, Blood Bowl, qui lui propose soit une adaptation stricte des règles soit un mode plus libre, et pour le coup, l’adaptation stricte des règles est bien plus sympathique ! Mais, on apporte aussi des nouveautés grâce à l’introduction de nouvelles races qui n’existaient pas dans la jeu de plateau.

J’apprécie aussi le jeu de plateau XCOM adaptée de la licence éponyme (sans parler de X-Corps JDR, adaptation officieuse, mais très sympa !). Ce jeu de plateau à la particularité de se mixer avec une application smartphone/tablette permettant de suivre les informations de jeu, ou encore via l’application, jouer contre une IA. Le jeu n’est pas encore sorti en France mais je suis assez impatient, cela me paraît vachement intéressant comme concept !

Voilà pour un petit tour d’horizon du trans/cross média, je ne pense pas que ça soit une révolution du J2S mais plutôt une évolution, un chemin à prendre vers de nouvelles interactions ! Si cet article vous a plu, n’hésitez pas à partager (vous avez les boutons sous l ‘article), à commenter et me suivre (sur WordPress ou les réseaux sociaux à droite). Merci de m’avoir lu ! =)

Guillaume Coeymans 

Pour aller plus loin : 

– http://www.starwars-holonet.com/ : Star Wars Holonet, excellente ressource quasi exhaustive sur l’univers de SW.

– http://fr.lexicanum.com/ : Le Lexicanum, encyclopédie participative des univers Games Workshop

Sources : 

http://gusandco.net/2014/08/12/jeux-de-societe-transmedia-un-top-ou-un-flop/

http://gusandco.net/2014/04/03/tendance-le-crossmedia-lavenir-du-jeu-de-societe/

Cross(média) et Trans(média) sont sur un plateau

http://documents.irevues.inist.fr/bitstream/handle/2042/24006/HERMES_2006_44_33.pdf?sequence=1

http://www.culturecrossmedia.com/strategies-cross-canales/definition-crossmedia/

Le retour des Livres dont vous êtes le héros

Chronique rédigée dans le cadre de la publication “Chronique des âgités” pour le Master Communication et Générations de l’ISIC Bordeaux Montaigne

Le retour des « Livres Dont Vous Êtes le Héros »

 

Les livres-jeux  qui ont marqué toute une génération font leur come-back

 

 

Ah, les « livres dont vous êtes le héros » (LDVH) ou « livre-jeu », un genre qui a bercé la préadolescence et l’adolescence de beaucoup d’entre nous. En général cachés au fin fond d’une bibliothèque, dans un rayon oublié d’une librairie ou prêtés par un grand-frère/ami, c’est pour beaucoup une sympathique madeleine rôliste.

Pour ceux qui ne connaissent pas ce type d’œuvre, les LDVH sont des livres interactifs. Concrètement, vous commencez le livre équipé d’un dé (parfois à six faces, parfois plus) et d’un crayon à papier. Il s’agit ensuite de créer un personnage selon des règles simples expliquées dans le livre. Ensuite commence l’histoire qui, à intervalles réguliers, vous demande de jeter un dé, de le comparer à une ou plusieurs de vos  caractéristiques, et selon le résultat, vous êtes renvoyé à une autre page, faisant ainsi progresser l’histoire. Ça, c’est pour la forme « canonique » du LDVH. Il y a eu pléthore d’autres types de livres-jeux destinés aux plus jeunes comme la série des « Le X aux 100 Y » (« La jungle aux 100 périls ») qui repose sur le même système de renvoi mais très simplifié. Les LDVH étaient une porte ouverte sur des univers en général fantastiques, véritables invitations au voyage mental.

Ces ouvrages pouvaient faire passer d’excellents moments ou être extrêmement frustrants. Qui n’a jamais râlé lorsqu’il tombait sur la page 42 lui indiquant simplement qu’il avait perdu et devait tout recommencer ? Pour beaucoup de lecteurs de ce type de livres, ce fut aussi une porte d’accès pour le Jeu de Rôles plus « traditionnel », les deux univers étant intimement liés. D’ailleurs, les LDVH amènent l’un des premiers piliers du Jeu de Rôles, le « fair-play ». En effet, n’est-il pas tentant, quand on tombe sur la page 42, de faire comme si on n’avait pas vu et revenir à la page précédente plutôt que de tout recommencer ? Or pour une bonne expérience de jeu, le fair-play est important et permet en plus au jeune public de se confronter à l’échec. Quant à la projection, autre pilier du Jeu de Rôles, elle est bien moins marquée car racontée par le livre lui-même.

Publiés dès la fin des années 60 et ayant eu leur heure de gloire dans les années 80-90, les livres-jeux sont tombés dans l’oubli au tout début des années 2000. Mais, leur lecteurs, désormais parents  souhaitent partager leurs souvenirs avec leurs enfants. Du coup, des éditeurs se sont réengagés dans cette niche et rééditent de grands classiques (Gallimard, Icon Books ou Wizards Books). Le plus intéressant est que ce renouveau est en grande partie possible grâce à l’arrivée des  supports numériques qui permettent une meilleure diffusion de ces ouvrages à tirage faible et les libèrent des contraintes liées à l’impression (quelqu’un a dit transmedia ?). Donc si vous ne  saviez qu’offrir à votre petit cousin désormais vous avez une bonne piste!

Guillaume Coeymans